CHAPITRE XII SO
chevêque en chevauchant sur la route de Londres. Ils atteignirent la capitale assez tôt pour y célébrer la fête de Noël (1162). Le primat officia pontificalement à Saint-Paul, puis le chapitre cathédral s'assembla en présence de Henri et du métropolitain pour procéder à une élection ; naturellement tous les suffrages furent acquis à l'évêque de Hereford. Le Roi appuya auprès du Pape la requête des chanoines, en manifestant de plus le désir de choisir l'élu pour son confesseur. Le primat écrivit aussi au Souverain Pontife, et le 19 mars, Alexandre 111 répondit par Lettres apostoliques datées de Paris, agréant la mesure projetée.
Dès que l'approbation pontificale fut connue, Henri en écrivit dans les termes les plus pressants à l'évêque de Hereford. L'Archevêque, de son côté, notifia au prélat son élection et l'assentiment du Pape ; sa lettre se terminait par ces mots : « \^otre fraternité comprend quel « devoir lui impose l'obéissance : qu'elle cède aussi « aux appels de l'affection. Une charité sincère nous « lie déjà l'un à l'autre ; mais un rapprochement maté- « riel nous permettra d'unir nos efforts pour le bien '< de l'Église et le nôtre. // Gilbert Foliot n'avait pas été averti de la manière en laquelle on disposait de lui ; lorsqu'il en fut informé, il éleva quelques objections à rencontre de cette nomination. L'Archevêque lui répondit :
« Bien aimé frère en Dieu, la charge nouvelle que « nous vous avons imposée vous paraît lourde, car <(. nous vous avons appelé au gouvernement d'une « plus grande Église ; mais nous sommes convaincus « qu'il y a là une disposition miséricordieuse de la « Providence. Votre sainte vie, votre religion si connue, « la sagesse que Dieu vous a départie, tout le bien « que vous avez fait dans l'Église de Hereford, tels
2o8 SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY
« sont les motifs qui vous ont fait choisir. Ami, « montez plus haut ; vous avez été fidèle à administrer « un petit domaine, c'est à juste titre que Ton vous « en confie un plus grand. Par humilité, vous vous « croyez sans expérience, et vous vous effrayez de voir « la barque de Pierre confiée à votre main. Mais nous « avons pensé, au contraire, qu'après avoir été long- « temps exercé près des côtes, le pilote devait main- « tenant cingler vers la haute mer. Que la lumière « donc ne reste plus sous le boisseau ; désormais pla- « cée sur le chandelier, qu'elle éclaire en tous sens € la maison de Dieu. Si l'Église de Cantorbéry est « aux églises d'Angleterre ce que le chef est aux mem- « bres du corps, celle de Londres lui est unie de plus « près qu'aucune autre. Dieu a voulu que notre choix « vous appelât à ce siège, pour que vous pussiez porter « avec nous les charges de l'Église mère dont vous « serez si voisin, et à qui vous devez tout votre con- « cours. Et puis, le seigneur Pape vous a confié, « d'une manière spéciale, le soin de l'âme de notre « Roi ; où seriez-vous donc mieux à votre place que « dans la ville royale ? Le souverain y vient plus fré- « quemment que partout ailleurs, dans l'intérêt des « affaires publiques ; il pourra s'instruire en conversant « avec vous, et profiter pour son bien de vos sages « conseils. Ne craignez donc point de venir là où votre « vertu vous appelle, là où le Seigneur vous envoie. « De notre côté, par nos soins et nos bons offices, nous « vous offrirons toutes les consolations dues à un ami « et à un coadjuteur. Ce changement est l'œuvre de « la droite du Très-Haut, nous le croyons fermement. « L'Église de Cantorbéry gagnera ainsi un puissant « auxiliaire, et votre béatitude suppléera à notre insuf- « fisance, trop évidente sur bien des points. S'il vous