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CHAPITRE XII

baye de Cluny était fière de le compter parmi ses enfants. En grand renom d'austérité, il était évidemment désigné pour l'épiscopat. Le Souverain Pontife lui confia d'abord l'administration de l'Église de Hereford ; et Gilbert donna dans cette charge un exemple de vigueur en jetant l'interdit sur le diocèse, pour punir la désobéissance opiniâtre du comte de Hereford. Le 5 septembre 1148 il fut sacré évêque de ce même siège, à Saint-Omer, des mains de l'Archevêque Thibaut.

Dans sa nouvelle dignité, Gilbert se montra d'abord égal à lui-même. Ses lettres professèrent les mêmes principes, et revendiquèrent courageusement les libertés et les privilèges de l'Église; un jour il menaça d'excommunication un officier du Roi pour avoir cité à son tribunal le doyen de Hereford. Sa réputation grandissait ; par deux fois il fut investi des pouvoirs de délégué apostolique; plus tard il fut nommé administrateur du diocèse de Worcester ; Henri II songea même à faire de Gilbert Foliot le successeur de l'Archevêque Thibaut, avant que Thomas Becket eût fixé son attention. De son côté, le Pape lui adressait volontiers des lettres comme celle-ci : « Nous avons appris par des « personnes dignes de foi que vous macérez votre corps « plus que de raison ; vous vous refusez le vin et les « viandes que réclamerait l'état de votre santé. Mais « en vous privant des soins nécessaires, craignez de « succomber à l'épuisement. Dieu nous garde de vous « perdre ainsi! L'Église en souffrirait un trop grand « dommage, après avoir si largement bénéficié de vos « forces et de votre activité. »

Malheureusement des taches vinrent graduellement obscurcir une vie jusque-là brillante. L'occasion fit de Gilbert un ambitieux, et la profondeur de sa chute prouve que ses austérités, si bien connues par-delà les

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mers, n'étaient point de celles qui fuient les éloges du monde. On sut bientôt de tous côtés quelle haute dignité le Roi avait un moment destinée à l'évêque de Hereford; on sut aussi que de tels projets n'avaient rien qui déplût à Gilbert. Malgré l'humiliant échec de sa protestation isolée à Westminster, malgré certaines lettres dans lesquelles, tombant « aux genoux sacrés » du Roi, il couvrait de fleurs Henri Plantagenet,. Foliot jouissait encore d'un grand prestige, et c'était lui que Henri destinait au rôle dont Thomas Becket ne voulait manifestement pas. Le Roi désirait placer Gilbert à Londres, et une lettre écrite quelques jours plus tard à l'évêque de Hereford montre bien ce que le souverain attendait de lui. Avec son talent, son activité, son caractère impétueux, audacieux, et cependant, faible à l'égard du prince, Gilbert pouvait devenir un adversaire dangereux pour le primat, déplacer en fait le centre de l'Eglise d'Angleterre, et le faire passer de Cantorbéry à Londres, la ville capitale.

Thomas n'ignorait rien de la conduite tenue à son égard par l'évêque de Hereford, et connaissait comme tout le monde les visées ambitieuses du prélat. Mais avant tout, dans les conjonctures oh il se trouvait, il cherchait la paix avec le Roi, aussi longtemps que le devoir ne l'obligerait pas à accepter la guerre. Il ne voulut donc voir dans Gilbert Foliot que l'évêque éminent, et promit loyalement son concours pour obtenir le transfert que désirait Henri. D'ailleurs il se réservait de réclamer de l'élu la profession d'obéissance canonique au métropolitain, profession que devait émettre tout évêque suffragant, et qui lui créait aussitôt un devoir de soumission analogue à ceux du vassal envers le suzerain.

Telle était la question que traitaient le Roi et l'Ar-

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