‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 154 sur 294 · I. Materials, t. v, pages · texte numérisé non relu

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son courroux réclama justice immédiate, regardant comme attentatoire à sa personne toute insulte faite à ses officiers. Thomas veillait. Sans perdre un jour il fait comparaître par-devant lui Philippe de Brois, sous l'inculpation de meurtre et d'injure à un magistrat royal. L'Archevêque avait appelé comme assesseurs plusieurs évêques et admis même un certain nombre de barons, mais les prélats seuls jugeaient. Sur le premier chef d'accusation, Philippe se retrancha purement et simplement derrière l'autorité de la chose jugée, affirmant d'ailleurs son innocence. Faute de preuves certaines, la sentence de l'évêque de Lincoln fut confirmée. Sur le second chef, le chanoine avoua les paroles injurieuses adressées à Simon Fitzpeter dans un moment d'irritation et sans intention préméditée, se déclarant d'ailleurs prêt à donner toute satisfaction au juge offensé. Il fut en conséquence condamné à deux années d'exil hors du royaume, avec perte des fruits de son bénéfice, qui seraient pendant ce temps remis au Roi pour être distribués aux pauvres ; à faire, en outre, satisfaction au juge outragé, c'est-à-dire à s'agenouiller devant lui, les épaules nues, et à être battu de verges en cette attitude humiliée.

Certes la sentence était rigoureuse ; Henri se plaignit pourtant avec irritation qu'elle fût trop clémente ; il ne voulait rien moins que la mort. « Vous jurerez, « dit-il aux évêques, que vous avez jugé en cons- « cience, et que vous ne l'avez pas épargné en « considération de son caractère clérical. » Les prélats y étaient tout disposés, n'ayant à se reprocher qu'un excès de sévérité. Mais le Roi ne voulait déjà plus accepter leur serment ; visant plus haut et plus loin, il convoqua le clergé avec les barons à Westminster. Il s'agissait, dtt-il, d'examiner réternelle question de

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prééminence toujours discutée entre la métropole d'York et celle de Cantorbéry. En effet Roger de Pont-l'Évêque, au milieu même des difficultés qui assaillaient Thomas Becket, trouvait le moment opportun pour affirmer à nouveau ses prétentions ; mais le primat ne pouvait guère se tromper sur le véritable but de la convocation lancée par le Roi : les immunités ecclésiastiques seraient certainement attaquées dans ce parlement; la prudence commandait de veiller. Thomas avait déjà écrit au Pape une première lettre, presque exclusivement consacrée à la question d'York ; Alexandre III lui avait répondu en termes très bienveillants. Peu de jours avant l'assemblée de Westminster, l'Archevêque adressa au Souverain Pontife la nouvelle lettre qu'on va lire (i) : « Les consolations que votre Paternité a daigné '< nous adresser seraient certainement un baume salu- « taire pour une âme accablée d'anxiétés ordinaires ; « et si nous n'avions d'inquiétudes que sur un sujet '< particulier, nous trouverions dans vos paroles des « motifs d'espérance. Mais de jour en jour le mal prend '' ici des forces et les injustices se multiplient. Ce n'est f^ pas nous qu'elles outragent, mais le Christ, et c'est » pourquoi nous les ressentons comme faites à nousff mêmes. Les orages se succèdent comme les vagues « de la mer, et il nous semble n'avoir plus à compter '< que sur le naufrage. Que nous reste-t-il à faire, « sinon de nous efforcer de réveiller Celui qui semble « dormir dans la barque, en lui disant : Sauvez-nous, « Seigneur, nous périssons. L'iniquité a bien choisi '< son moment ; elle a vu l'état précaire de l'Église « romaine, et elle a cru l'occasion favorable pour

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