CHAPITRE XIV
d'une province de la chrétienté, ne pouvaient, sans faire acte de schisme, consentir des altérations aux lois uni*verselles dont le Pape était gardien. Or, le roi Plenri II n'avait nul dessein de solliciter le consentement d'Alexandre III. 2' II fallait que Henri Plantagenet fût lui-même disposé à négocier une transaction ; or, ce n'était point de quoi il s'agissait pour lui. Résolu à établir la suprématie de la justice royale sur le for ecclésiastique dans toutes les causes mixtes, il entendait de plus mettre la justice de l'Eglise en tutelle, même pour les jugements des clercs au criminel, et finalement faisait irruption sur le terrain le plus certainement réservé à l'Église, en s'attaquant à ses libertés les plus essentielles. La résistance était commandée impérieusement aux évêques d'Angleterre. Ils ne déclaraient pas la guerre, ils n'attaquaient pas, ils se bornaient seulement à défendre la discipline ecclésiastique, menacée de destruction. Déjà la situation du clergé n'était plus entière dans la Grande-Bretagne. Depuis la conquête, certaines coutumes abusives avaient été introduites par le gouvernement royal: assez confuses, et variant dans l'application, elles avaient engendré un malaise général et apporté une perturbation très visible dans l'Église d'Angleterre, où néanmoins elles commençaient à se naturaliser. Il n'en était que plus urgent d'arrêter le mal, au moment où il paraissait sur le point d'être proclamé légitime et obligatoire.
Henri II prétextait bien les désordres du clergé, la nécessité de les réprimer en régularisant l'administration de la justice. Mais d'abord, de ces désordres une des causes principales était précisément l'introduction de coutumes irrégulières, oppressives de la liberté ecclésiastique. La discipline canonique, profondément
troublée, en avait été par suite énervée jusqu'à un certain point. C'est toujours à pareil résultat qu'aboutit le pouvoir laïque lorsqu'il entreprend de réformer l'Église, et il le sait bien ; que de fois n'a-t-il prétendu guérir que pour mieux empoisonner? Nous admettons sans peine qu'au lendemain de vingt années de guerre civile, le clergé d'Angleterre ne fût pas dans tous ses membres exempt de graves reproches. Néanmoins il fallait encore prouver que le mal était aussi grand qu'on le disait ; or, cette preuve on ne la faisait pas ; des déclamations amères ne suffisaient pas à la fournir. Quelques conseillers du Roi affirmaient bien que, depuis dix ans, on comptait plus de cent meurtres commis par des clercs: tous crimes aussi bien prouvés, sans doute, que celui dont on accusait naguère Philippe de Brois, et que Fitzpeter le shérif aurait volontiers ajouté à la liste. En tous cas, les gens du Roi n'ayant pas eu à en connaître, leur dire a tout juste la valeur d'un bruit : c'est un témoignage trop faible pour motiver d'aussi graves procédures que celles dont Henri prenait l'initiative.
Tant d'indignation vertueuse n'était qu'un masque : au fond de la querelle il y avait une jalousie de légistes. Les cours spirituelles attiraient le peuple, qui portait volontiers ses différends devant elles, dès que par un de leurs aspects, par un de leurs éléments, ces différends pouvaient être considérés comme causes mixtes. C'est que le peuple savait trouver là des juges plus éclairés, une procédure plus certaine, une intégrité plus grande, qu'au tribunal du comte ou à celui du shérif. Comme d'autre part l'étude du droit se répandait beaucoup depuis la découverte des Pandectes de Justinien et la publication du Décret de Gratien, nombre de laïques s'en faisaient un mérite ; sans avoir, à beaucoup près, acquis encore la sûreté de science et de pratique