LE PARLEMENT DE WESTMINSTER
L'assemblée convoquée à Westminster s'ouvrit le i" octobre 11 63. Le parlement devait, disait-on, délibérer sur les entreprises de l'archevêque d'York; mais en pénétrant dans la grand'salle de Westminster, Thomas savait bien qu'une cause autrement grave allait être débattue (i). En effet, le Roi aborda immédiatement le sujet des tribunaux ecclésiastiques.
Il faut savoir que, d'après le droit canon, l'archidiacre avait, dans le ressort de sa juridiction, un pouvoir de judicature délégué par l'évêque pour les causes spirituelles, et même pour les causes mixtes en matière civile. Son tribunal pouvait passer pour le premier échelon de la hiérarchie des cours ecclésiastiques ; et en dehors des peines canoniques, il pouvait infliger l'amende ; en quoi certains archidiacres excédaient peutêtre, mais à coup sûr les shérifs se permettaient des exactions autrement graves. Henri Plantagenet prit néanmoins texte d'une plainte reçue peu auparavant d'un bourgeois de Scarborough pour ouvrir la séance du parlement par des récriminations contre les archidiacres. Ils font, dit-il, argent des péchés du peuple,
I. C'est un mot de Jean de Salisbury qui nous montre que l'assemblée se tint dans la salle de Westminster, « in palatio ». Materials, t. v, pag. 97. Ep. « Ex quo partes ».
poursuivent laïques et clercs de leurs incessantes procédures. Puis vint le tableau des désordres commis de tous côtés par le clergé du royaume, des crimes inouïs et des abus sans nombre par lesquels il troublait partout la paix publique (i). Après un pareil exorde, prononcé avec une assurance et une indignation d'honnête homme, l'époux de la reine Éléonore conclut en demandant que, dorénavant, tout clerc poursuivi au criminel fût traduit devant la cour épiscopale, où se trouverait un officier royal ; et si l'accusé était reconnu coupable, il devrait être dégradé, pour qu'aussitôt après le délégué du Roi se saisît de lui et l'amenât à la barre des juges laïques. Ceux-ci alors devraient lui appliquer la peine due à son crime. Telle était la coutume au temps des rois mes aïeux, déclara Henri, et j'entends jouir des mêmes droits.
La stupeur fut grande parmi les évêques en écoutant le discours du Roi. Henri Plantagenet ne réclamait rien moins que l'abolition de la justice ecclésiastique au criminel, et cela au prix d'une monstrueuse iniquité. Car enfin dans quel pays, dans quelles lois, a-t-on décrété jamais qu'un homme dût être jugé deux fois pour le même crime? Mais les peines canoniques étant trop douces pour réfréner les désordres du clergé, disaient les légistes de la cour, il y fallait la rigueur des lois communes. Oh ! celles-ci ne péchaient point par
I. Nous ne suivons pas le récit contenu dans le document intitulé: « Summa causae inter Regem et Thomam. » [Materials, t. iv). Cette pièce nous semble rédigée après coup par un homme désireux d'établir une discussion juridique plutôt qu'un récit historique. Quel est d'ailleurs cet auteur ? Nous n'en savons ni l'âge ni le nom. Il arrange visiblement les discours et prête aux évêques anglais une attitude déplorable, contredite formellement par Guillaume de Cantorbéry et, avec lui, par Garnier et Roger de Pontigny, implicitement même par Herbert.. Fitztephen ne parle pas de l'assemblée de Westminster.