Materials, t. v, page 6i
2. Sur cette entrevue nous suivons le récit de Roger de Pontigny qui était bien placé pour apprendre ces détails du saint lui-même et de ses compagnons d'exil.
rêter au lieu précis où il se trouvait, la ville étant, disait-il, trop petite pour recevoir la nombreuse suite de l'Archevêque en même temps que celle du Roi. Le primat obéit et attendit dans une prairie, où bientôt il vit arriver le souverain. Henri prit la parole :
— Je vous ai élevé de la médiocrité au faîte de la « puissance. Il ne m'en coûtait pas de faire de vous « le père du royaume, de préférer le soin de votre « grandeur à mes propres intérêts. Comment donc « avez-vous oublié soudain tant de preuves de mon « affection, jusqu'à vous montrer aujourd'hui non « seulement ingrat, mais même hostile à tous mes « desseins ?
— Loin de moi pareils sentiments, sire, répondit « Thomas. Je ne suis point ingrat ; je n'oublie pas « les faveurs que j'ai reçues de vous, de Dieu même « par votre entremise. Loin de moi, je le répète, la « pensée d'une ingratitude si grande que de résister à « vos volontés, aussi longtemps qu'elles sont d'accord « avec celles de Dieu. J'en appelle à votre sagesse « pour dire avec quelle fidélité je vous ai servi, vous « qui ne pouviez me donner qu'une récompense tem- « porelle et terrestre. Combien plus dois-je donc me « montrer fidèle au service du Dieu tout-puissant, qui « m'a donné les biens d'ici-bas et m'accordera, je « l'espère, ceux de l'éternité ? Vous êtes mon maître, « mais Dieu est le vôtre comme le mien ; et il ne « vaudrait rien ni pour vous ni pour moi que je déso- « béisse à sa volonté pour suivre celle d'un roi de « ce monde. A son redoutable tribunal nous serons, « vous et moi, jugés sur notre qualité de serviteurs « du même Seigneur ; et alors l'un de nous ne pourra « répondre pour l'autre. Nous devons obéissance à « nos maîtres temporels, mais non pas à l'encontre