CHAPITRE XVIII
« férés par l'Église romaine...; enfin le seigneur Pape a « toujours pris parti contre nous dans cette affaire (i); « il n'a pas encore fini de nous reprocher ce que fit « pour nous Adrien son prédécesseur, qui aima l'Église « de Cantorbéry, et dont la mère est en Angleterre « mourant de faim et de froid. Nous autres petites « gens, pauvres, sans appui, que donnerons-nous aux « romains? De bonnes paroles? Il y a longtemps que « Térence leur a appris qu'un tu Vauras ne vaut pas « une obole. Vous m'écrivez que s'il n'y a pas moyen « de faire autrement je puis dépenser deux cents marcs. « Eh ! nos adversaires en donneront trois ou quatre « cents; et je vous réponds que les romains aimeront '< mieux recevoir plus qu'espérer moins, heureux de « prouver à si bon prix leur dévouement au Roi et « faire ainsi honneur à ses agents.
« L'argument qui vaut en votre faveur, c'est que « vous souffrez pour la liberté de l'Église ; mais vos « ennemis excuseront le Roi, et s'évertueront à obs- » curcir le mérite de vos combats en les présentant *' comme le fait d'un cerveau brûlé. Pour trouver plus « aisément créance auprès du Pape, on lui laissera « entendre ce qui m'est déjà revenu aux oreilles ; f{ c'est-à-dire qu'on lui fera concevoir l'espérance de « passer en Angleterre ; on lui expliquera comment
les phases, l'or du Roi d'Angleterre lui créa des partisans nombreux jusque sur les marches du trône pontifical, il est injuste de dire que c'est là un argument « quam nunquam Roma contempsit. » Car en premier lieu ces mots atteindraient le Pape lui-même; or Alexandre III ne fut jamais soupçonné un instant de calculs aussi vils ; et d'autre part il est faux que la cour romaine ait été toujours, dans un grand nombre de ses membres, accessible à la corruption par l'argent. Les difficultés d'un exil prolongé étaient une forte tentation pour beaucoup d'italiens cjui avaient suivi Alexandre III en France ; on ne doit pas l'oublier.
I. Autre injustice, contre laquelle proteste la correspondance d'Alexandre III. Jean lui-même va se démentir quelques lignes plus bas.
« le couronnement du prince héritier a été différé « pour que la main du successeur de Pierre pût l'ac- « complir ; et sachez bien que les romains y sont tout « disposés. Déjà plusieurs nous toisent de haut, et « vont répétant que le seigneur Pape ira à Cantorbéry « pour y séjourner, le temps de vous en chasser. « Toutefois je ne crois pas que le Saint-Père y ait « encore songé sérieusement, car j'entends dire qu'il « vous sait très bon gré de votre courage. Mais une « chose certaine, c'est que si l'évêque de Lisieux vient « à la cour pontificale, il ne reculera devant aucune « promesse; je le connais et je sais de quelles four- « beries il est capable. Quant à l'abbé (i), cela va « sans dire ; contre lui l'évêque de Poitiers n'a rien « pu gagner malgré de nombreuses démarches ; il « me l'a écrit. Malgré tout j'irai, avec l'aide de Dieu, « puisque vous le voulez, et nous verrons ce qu'il « nous sera possible de faire. Mais si j'échoue, ne « vous en prenez pas à moi ; vous savez ce que dit « le poëte :
Non est in medico semper relevetur ut acger; Interdiim docta plus valet arte malum (2).
« Les choses étant telles, je ne puis que vous don- « ner deux conseils : débarrassez vous d'une manière « ou d'une autre de vos créanciers, et cherchez à « rentrer en grâce auprès du Roi, pour autant que la « loi de Dieu le permettra ; rien au monde ne saurait