LA LETTRE DE GILBERT FOLIOT 43 I
inconnu a brodé sur ce thème, en mettant le nom de Gilbert Foliot en tête de son libelle : un ou deux traits nous le persuadent absolument. Au moment où le pamphlétaire discute les questions agitées à Xorthampton, il se met en frais d'érudition, cite largement le décret de Gratien, puis entame une longue exposition des droits que l'Eglise tient de Dieu et de ceux qu'elle tient des rois ; il y a trois pages in-8° sur ce sujet. Après quoi l'auteur se décide à poursuivre, sans remarquer d'ailleurs qu'il vient de justifier saint Thomas relativement aux subsides pour la guerre de Toulouse, Il nous semble qu'une dissertation de ce caractère n'a jamais pu être insérée dans une lettre ab iraio comme veut l'être celle qui nous occupe. Nous relevons ensuite une coïncidence dont le lecteur appréciera la portée plus ou moins grande. Nous remarquions tout-à-l'heure dans le pamphlet l'étrange assertion que nous citons ici en propres termes : « Attendentes enim ecclesiam « Dei suflfocari graviter, ob quod in ejus libertatem quodammodo « proclamavimus, verbum illico proscriptionis audivimus, et « exsilio crudeliter addicti sumus ; nec solum persona nostra, sed « et domus patris mei, et conjuncta nobis affinitas et cognatio « tota. » Or dans la lettre de saint Thomas au Chancelier de Sicile (i\ nous lisons ces mots : '< Quia mutire ausi sumus pro « domo Domini. exsulamus cum omnibus cognatis et amicis « nostris, quorum unus est Gilebertus. » Un des manuscrits porte ce dernier nom en toutes lettres (2). Est-il permis de croire que le pamphlétaire a été trompé par ce nom de Gilbert qui lui était demeuré dans la mémoire, ou même qu'il avait sous les yeux ? Sa phrase n'est qu'une amplification de celle de saint Thomas, la simple comparaison le prouve. Mais pareille confusion est-elle possible ? Thomas n'a-t-il pas écrit : « Gilebertus, sororis filius « nostr.ne ; quem vestr^e celsitudinis liberalitate.... » etc. Comment aurait-on pu prendre ce Gilbert pour l'évêque de Londres? A cela nous répondrons seulement qu'il a fallu nécessairement une confusion de ce genre pour suggérer l'idée d'un exil de Gilbert Foliot et de toute sa famille. Assurément ce n'est pas l'évêque de Londres qui a pu s'imaginer avoir été proscrit en cette manière dont l'histoire n'offre qu'un exemple ; l'Europe entière l'aurait cru fou s'il se fût avisé de publier une phrase pareille. C'est donc un de ses partisans qui a inventé cela, et qui s'y est cru autorisé par quelque indice. Lequel ? Ce n'a pu être qu'une méprise comme celle dont nous parlons. Au reste, celle-ci n'est pas si surprenante, puisque de