CHAPITRE III
et à mettre le prélat dans son tort : il se hâtait de placer discrètement une parole qui corrigeait l'expression excessive, et réussissait à mettre sa pensée à la place de celle de l'Archevêque, avec tant d'adresse que, finalement, tout le monde s'y trompait. Le prélat avait l'âme droite et loyale, et n'hésitait pas à reconnaître pareils services par un redoublement de confiance.
11 ne fallait pas moins pour protéger Thomas contre les retours de la jalousie ; car on imagine bien que la rapide élévation du jeune homme n'était point sans faire beaucoup d'envieux. Roger de Pont-l'Evêque restait son ennemi : or, en l'année 1147, il devint archidiacre de Cantorbérv, c'est-à-dire le premier dignitaire de l'Eglise en Angleterre après les évêques et les abbés mitres. 11 se trouvait ainsi nanti d'une puissance considérable et de droits très étendus dans le diocèse même de Cantorbér}- ; aussi devenait-il pour Thomas un dangereux adversaire. D'autant plus que celui-ci perdait du même coup l'appui de Walter, naguère archidiacre, élu depuis quelques jours à Tévêché de Rochester. Mais des soucis plus graves vinrent distraire Becket des misérables intrigues qui pouvaient s'ourdir autour de lui.