‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 34 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CRISE POLITIQ.UE ET RELIGIEUSE (l 148-I I ^4)

Dans les premiers mois de l'année 11 47, le Pape Eugène III s'était vu obligé de quitter momentanément Rome, devant les soulèvements populaires excités par l'hérésiarque Arnauld de Brescia. Le Souverain Pontife était passé en France, où il savait trouver un accueil digne de lui. Le roi Louis-le-Jeune en effet avait été recevoir le Saint-Père à Dijon, et Lavait accompagné jusqu'à Paris, pour y célébrer les fêtes de Pâques ; puis, sans défiance à l'égard du Pontife romain qu'il laissait dans ses états, Louis avait pris la route de Terre Sainte. Eugène III alors indiqua un concile, qui devait se tenir à Reims, le dimanche Lœtare^ 21 mars de l'année suivante 1148. Tous les prélats, évêques et abbés des pays situés en deçà des monts furent convoqués ; les évêques d'Espagne même y furent représentés. De graves questions s'agitaient en effet ; des hérésies s'élevaient au midi et dans l'ouest de la France, à l'heure précise où en Italie Arnauld de Brescia tentait de bouleverser l'ordre hiérarchique de l'Eglise. Gilbert de la Porée, évêque de Poitiers, était le plus dangereux à raison de sa science et de son esprit délié. Les autres, sectateurs de Pierre de Bruis et précurseurs des Albigeois, troublaient le midi ; enfin un misérable ignorant avait tenté de dogmatiser dans l'ouest. D'autre part, la discipline avait besoin

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d'être raffermie. Pour tous ces motifs, Eugène III voulait réunir autour de lui le plus grand nombre possible d'évêques; mais il se heurta à une résistance dont l'effet fut de rendre plus évidente encore la nécessité du concile indiqué.

Ce fut le roi Etienne qui entreprit de traverser les desseins du Souverain Pontife. Les prélats anglais reçurent de lui la défense de répondre à l'appel du Pape, et des mesures efficaces furent prises pour les empêcher de traverser le détroit. Etienne régnait sur la partie orientale de l'Angleterre ; par conséquent les ports d'où les évêques pouvaient mettre en mer pour passer sur le continent se trouvaient dans le cercle de sa domination. Partout des fonctionnaires royaux furent apostés pour empêcher le départ des prélats. Les contemporains accusèrent l'évêque de Winchester d'avoir poussé son frère à de pareilles mesures, qui tendaient à séparer la Grande-Bretagne de la catholicité ; mais quelles raisons auraient inspiré à Henri de Blois une telle conduite? Le chroniqueur Gervais n'en connaît qu'une : le désir de venger une défaite. Le Roi étant alors indisposé contre le Pape, son frère aurait exploité ce ressentiment pour obtenir un ordre qui devait enfermer l'Archevêque dans un dilemne. Obéir au prince, en effet, c'était manquer gravement au devoir envers le Souverain Pontife ; répondre au contraire à la convocation du Pape, c'était encourir toute la colère du Roi. Henri aurait espéré ainsi se débarrasser de son rival, proscrit par autorité royale ou suspens par autorité pontificale (i). Malgré l'affirmation positive du chroniqueur, nous voulons croire que l'évêque de Winchester ne tint pas une conduite si odieuse. Il est

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