CHAPITRE VII lO
Thomas agissait activement pour fortifier de toutes manières la puissance militaire du Roi. Henri lui avait remis le gouvernement de la Tour de Londres, qu'il trouvait dans le plus mauvais état. Le Chancelier entreprit immédiatement les réparations nécessaires; c'était après Pâques de l'an 1156 (i ; une légion d'ouvriers fut envoyée sur les chantiers, et à la Pentecôte la Tour était de nouveau prête à tout événement. En même temps. Thomas réparait le château de Berkhampstead, que le Roi venait de lui confier ; avec les revenus du domaine, il relevait à grands frais les murailles et les bâtiments, et y dépensait beaucoup plus que le fief ne donnait. L'Échiquier enregistrait sa dette ; mais deux ans plus tard Thomas achevait la restauration du château^ et faisait meubler avec richesse le logis destiné au séjour du Roi, au pied môme du donjon. Cette fois. l'Échiquier lui donna quittance (2).
« et à cheval un certain nombre d'hommes » auxquels il « enjoint « d'habiter sur les levées » ; et cela non pour un temps limité, mais en la manière des compagnies de vétérans de l'ancienne Rome. [Revue Anglo-Française, (1836), t. m, page 159. Il est clair qu'il s'agit là de soldats fixés au service du Roi, et non pas libres de droit, comme les contingents féodaux, après quarante jours de présence au camp. Parmi les témoins de l'acte figure Froger, abbé de S"-Florent (1160-1173). Comme d'ailleurs la mesure adoptée par le Roi dénote assez que l'organisation de ces troupes n'était pas de date récente, nous voyons qu'elle remonte en définitive à l'époque où Thomas était chancelier. Les RoJls of the Pipe nous montrent, au surplus, cette organisation déjà en vigueur de 1157 à 1158. Les archers du Roi sont nommés à la page 8g ; pages 99, 126, 144, on retrouve encore la mention de troupes soldées. Ainsi, page 144, il s'agit de la solde des « soldats de Hereford ». Ceux-ci, payés par le Roi, n'étaient donc point le contingent levé par le comte ; d'après ce que nous avons dit plus haut, nous comprenons qu'il s'agit bien d'une garnison royale entretenue d'une façon régulière.
1. Nous trouvons la date dans le RoU of the Pipe de la seconde année du règne de Henri II (page 3), où nous voyons mentionnées les réparations de la Tour. — Cfr. Fitzst. pages 19-20.
2. The great Rolls, pages 21 et 152. — Le château fut confié à Thomas au milieu de l'année 1156 ; nous le voyons par le compte établi page 21,. où le Chancelier est tenu comme débiteur d'une demi-année.
Mais alors se pose la question qui est toujours corrélative à celle d'une institution permanente, si réduite qu'elle soit, la question d'argent. Comment Henri II pouvait-il ce que n'avaient pu ses prédécesseurs, c'està-dire solder des troupes d'une manière régulière, et cela au lendemain d'une longue période de ruines? Il y pourvoyait au moyen d'une innovation dans le fonctionnement du système féodal. On décida que les vassaux de la couronne pourraient satisfaire à leurs obligations militaires en payant annuellement au Roi une somme déterminée, au lieu de lui amener leurs contingents en hommes lorsqu'il y aurait une guerre à soutenir. Les rôles de l'Echiquier prouvent que cette mutation fut accueillie de suite avec faveur ; et naturellement ce furent les dignitaires ecclésiastiques qui le plus tôt et le plus généralement payèrent le nouvel impôt, connu sous le nom d'éctiage. Nous aurons à revenir sur ce sujet. Pour le moment nous ne voulons que montrer d'où venait en grande partie l'argent destiné à la solde des troupes royales. Nous nous trouvons ainsi amenés à parler d'une autre question importante, liée à celle des impôts réguliers qui s'établissaient, à savoir celle des monnaies.
Le bureau dit de l'Échiquier, à cause de la table en marqueterie autour de laquelle avaient lieu les séances (i), était déjà constitué pour gérer les intérêts du Trésor et veiller au recouvrement des taxes. L'on ne tarda pas à constater que, pendant la guerre civile, les monnaies frappées par les deux prétendants étaient de valeurs fort inégales, et souvent falsifiées. Pour
I. Fitzst. page 51. D'après le même auteur, c'était aussi à la table de l'Echiquier que se tenaient les plaids royaux. Aussi trouve-t-on assez souvent le terme de Cour de l'Échiquier pour signifier non le bureau •des finances, mais le tribunal et le conseil du Roi.