CHAPITRE VIII
du Roi n'était certes point l'instrument du salut pour tout un grand royaume.
La vérité est que le mouvement d'accession vers Alexandre 111 se manifesta bientôt, en dépit des manœuvres, des résistances ou des hésitations des princes. A Londres, en 1160, un concile présidé par l'Archevêque Thibaut reconnaissait le Pontife légitime. Bientôt Henri lui-même dut convoquer les barons et les prélats de ses états à Neufmarché, où Alexandre III fut acclamé, tandis qu'à Beauvais Louis VII en agissait de même. Finalement un concile tenu à Toulouse réunit les deux rois et tout le clergé des deux royaumes dans une commune obéissance au Pape Alexandre. Mais ce qui en dernier ressort avait décidé Henri Plantagenet à entrer dans cette voie, c'était toujours l'affaire de Gisors. Les cardinaux Henri de Pise et Guillaume de Pavie étaient auprès de lui, envoyés pour plaider la cause du droit et combattre les partisans du schisme. Le roi réduisit toute la question à un marché : si les cardinaux accordaient dispense pour marier un prince qui n'avait pas sept ans à une enfant qui n'en avait pas trois, l'Angleterre ne serait pas vouée au schisme d'Octavien. C'est Arnulf qui naïvement, malgré ses finesses, nous donne le mot de l'intrigue (i). La dispense accordée, le mariage fut conclu, le roi eut Gisors, et Alexandre III fut reconnu par l'Angleterre comme véritable successeur de saint Pierre.
Quel avait été pendant cette crise le rôle de Thomas Becket? L'histoire n'a pas un mot pour nous le dire. Mais nous le pressentirons assez clairement, lorsque nous aurons étudié la difficile question de ses rapports avec l'Église.