‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 97 sur 294 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE CHANCELIER ET l'ÉGLISE (l I|j=,-l 162)

En abordant l'examen des rapports que Thomas Becket entretint avec l'Église, comme ministre de Elenri Plantagenet, nous devons avertir le lecteur que nous n'avons plus le champ aussi libre que sur les questions précédemment traitées. L'attitude du Chancelier à l'égard des principes du droit ecclésiastique a été souvent incriminée par les adversaires de sa mémoire : et s'il entre quelque élément de polémique dans notre récit, que l'on n'en soit pas surpris. La question à résoudre est capitale. Thomas fut-il, dans cette période de sa vie, un zélateur des principes régaliens? S'il le fut, sa conduite comme archevêque étant en contradiction formelle de ses précédents errements, il ne reste qu'à conclure de deux choses l'une : ou bien il agissait comme chancelier par hypocrisie, pour obtenir le siège primatial en complaisant au Roi; ou bien il se laissa guider ensuite comme primat par les motifs d'une ambition démesurée, en révolte contre des droits légitimes, jugés tels autrefois par lui-même. Il ne s'agirait pas d'un des plus grands saints de l'Eglise que la question vaudrait encore la peine d'être examinée sérieusement. Nous le ferons donc, autant que possible par l'exposé des faits, sans pouvoir toujours éviter la discussion, quoique, à dire vrai, le

dilemne ne soit rigoureux qu'aux yeux de rationalistes prévenus.

Quelles sont à la date de 1155-11Ô2, les situations respectives de l'Église et de l'État? Nous en savons déjà quelque chose. Les échos de la lutte que soutint Anselme contre la dynastie normande ne sont pas encore éteints, pas plus hélas que ne sont déracinés tous les abus qu'il a condamnés. Avec le sang des rois normands leurs prétentions régaliennes se sont transmises à la dynastie angevine. Henri II ne cesse de se réclamer des droits qu'a exercés son grand-père, le roi Henri I". S'il ne prétend pas investir un évêque élu de la juridiction spirituelle en lui remettant la crosse, comme le faisait d'abord son aïeul, il est le maître des élections, impose des hommes de son choix, et exige souvent de fortes sommes pour prix de son concours. L'évêque ainsi élu ne paie, dit-on, que le droit d'entrer en jouissance du temporel de son Église : ne fût-ce que cela, ce serait déjà une servitude, car ces biens n'appartiennent pas au Roi, qui ne peut en tirer à chaque élection nouvelle une sorte de rançon. Mais en réalité il y a plus ; il s'agit véritablement d'un marché simoniaque ; et c'est bien le siège même que vend le Roi (i).

Le temporel, il l'a saisi à la mort du précédent titulaire ; il l'a fait administrer au profit, non de l'Église, mais du trésor royal, par le Chancelier de la couronne. Depuis le concordat de Callixte II avec l'empereur Henri V, on pourrait considérer, à la rigueur, comme permis l'usage de ce droit régalien ; mais ce qui n'est point légitime, à coup sûr, c'est la manière en laquelle Henri II l'exploite pour en tirer meilleur profit, prolon-

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