Saint Victrice
Durant ce beau iv*^ siècle où l'Église produisit, sur tout le territoire de l'empire romain, une légion de pontifes illustres à divers degrés et à divers titres, la Gaule ne fut pas moins féconde que les autres provinces. Parmi ses évèques, elle compte un saint Hilaire de Poitiers, un saint Martin de Tours et un saint Yictrice de Rouen, que leurs œuvres placent au tout premier rang de l'épiscopat latin. Les mérites d'Hilaire et de Martin sont assez connus. La gloire de Victrice est plus obscure. Mais 1 ombre qui pèse sur lui n'est pas tellement épaisse qu'on ne distingue les principaux traits de cette grande figure. Ce (ju'on en peut apercevoir fait vivement regretter le manque ou la perte des documents qui nous
eussent permis de retracer au vif le portrait de celui qui fut tout h la fois l'ami et Té mule de saint Martin. Peut-être, pour égaler révêque de Tours dans la mémoire des hommes, n'a-t-il manqué à Victriee que d'avoir pour disciple un autre Sulpice Sévère, au cœur reconnaissant et à la plume intelligente. ^Mème dans la pénombre où il apparaît, il est, pour certains, le personnage le plus marquant de lÊglise des Gaules au iv^ siècle; et ceux qui ne partagent pas tout à fait ce sentiment ne sauraient cependant s'étonner que d'autres l'aient conçu.
Le nom de Viclricius, ou Victriee, nous est parvenu dans sa pureté originelle, malgré les déformations de certains copistes, qui, au témoignage de dom Pommeraye, écrivaient Victoriens ou même Victoriciiis '. Les lettres de saint Paulin * et le De Lande Sanctomim^, œuvre de Victriee luimême, sont de sûrs garants de la véritable orthographe de son nom.
Ce vocable, qui dérive tout droit de Viclrix^ fait songer forcément à une origine militaire et
1. Histoire des arc/iei'esgiies (/e Houe/i, liouon, 1667, p. 77.