‹ Saint VictriceChapitre 23 sur 101 · Il est bien entendu qu'il ne s'agit jjas ici du fameux · texte numérisé non relu

Il est bien entendu qu'il ne s'agit jjas ici du fameux

L'ÉVKQUE de ROUEN. ^1

Ce système de défense militaire suppose la dissémination des troupes romaines sur tout le territoire de la Gaule. « Le iv*^ siècle vit, en effet, placer des g-arnisons rég-ulières dans les provinces gauloises qui, aux beaux temps de l'empire, ne contenaient pas trois mille soldats. » Les légions (environ cent mille liomines\ jadis échelonnées sur la ligne du Rhin, se trouvèrent de la sorte réparties entre toutes les grandes villes. « Il y a, remarque ^L Paul Allard, presque autant de villes de garnison dans la Gaule du iv*" siècle que dans la France de nos jours'. » Pour ne parler que de notre région, la Nolitia Dlgnilaiinn signale la présence de légions ou autres corps de troupes il Avranches, à Coutances, à Port-en- Dessin [Graniionn in littore Saxonico), à lîayeux et à Rouen. Rouen était la résidence du corps des Ursoricfisiiim, qui avait à sa tète un pra'fccUis dépendant lui-même du duc qui commandait en chef les troupes préposées à la garde des côtes

Port-Moranc], qui n'est autre qu'un /'oï/-.Morand. Sur le Port-Morand, cf. Cliarles de Beaurepaire, /lul/ctin de la Commission des y4nliijuités de la Seinc-Infcricure, t. HI, p. 425-429-

1. Juitm l'Apostat, t. I, p. 386. Voy. dans E. Desjardins [oiiv. cit., t. lll. pi. XXI) la Gaule militaire d'après la Notilia Dii;nitatum, qui représente l'état de la Gaule dans la seconde moitié du iv" sicch-.

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de la Manche, Dux tractiis Artnoricani el Ner-

Dans ce Rouen, qui olTralt, avec ses remparts et ses soldats, presque l'aspect d'un camp retranché, le christianisme avait fait, depuis près d'un siècle, des progrès considérables et conquis, ce semble, la grande majorité de la population. Six évêques, Mellon, Avitien, Sévère, Eusèl)e, Marcellin et Pierre, avaient contribué à cette œuvre. Si l'on en croit saint Paulin de Noie, l'église de Rouen n'aurait eu aucune célébrité avant l'èpiscopat de saint Victrice'. Cela signifie sans doute que ses premiers pasleurs avaient accompli leur tache sans bruit et sans éclat. Mais on ne peut douter que la capitale de la Seconde Lsonnaise n'ait renfermé dans son sein, dès la seconde moitié du iv*" siècle, une cluélienté très prospère.

Victrice ne fit cpic l'accroître encore. Le zèle qu'il déploya dans l'évangélisation de la Morinie el des régions avoisinanles, témoigne des soins qu'il dut donner à son propre diocèse. Il y trouvait ri(h)lâtrie toujours fortement enracinée. INIalgré ses efforts, il ne parviendra pas :i la faire

1. Sur loul ceci, voy. la Notilia Dignilatum ou E. Desjardins, otn-, cit., t. III, p. 402, 4*)î'

2. « Hotomagum et vieillis anlo rcgionibus leniii uonunc pcrvulgatuin. » Ep. xvm, n. 5.

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clisparnître complètement, même de sa ville épiscopale. Ses successeurs s'y emploieront, avec des succès divers, jusqu'en plein vu'" siècle'. Toutefois, son De Lande Sanctorum donne à entendre que la cite, prise dans son ensemble, faisait profession de christianisme".

Il lui fallait défendre son troupeau non seulement contre les tentations de Tidolàtrie toujours agressive, mais encore contre les séductions de riiérésie déjii menaçante. L'arianisme n'avait pénétré qu'assez tardivement en Gaule. Saint Hilaire de Poitiers écrit que, « baptisé, évcque depuis quelque temps déjii, il n'entendit parler du svmbole de Nicée qu'avant de partir pour l'exil' », c'est-à-dire vers 3j6. Mais dans la seconde moitié du iv'' siècle, on voit tous les évèques de l'Occident prendre d infinies précautions pour que l'erreur d'Arius n'envahisse pas leurs diocèses. Des professions de foi orthodoxes se publient et se répèlent d'églises en égalises. Le dogme de la Tiinité est le thème sur lequel s'exercent tous les docteurs. Victrice, comme les

1. Cf. A acandarrl, Vie de saint Ouen, Paris, LccofTre, 1902, p. K» J, l'Ji, etc.

2. Cap. ir, m, xii. Cf. Paulin, Ep. xviii, n. 5. Cf. Ilatick, Kircliem^escUiclile Deuisclilands, t. I, ]). 33.

3. De Synodis, n" 91. (>f. Laigcut, Salnl llilaii;.^ Paris, Lccoffre, 1902, j). 22.

kk SAINT VICTRICE.

autres, éprouve le besoin crafïîrmer sa foi dans un Dieu en trois personnes.

« Nous confessons, dit-il, Dieu le Père; nous confessons Dieu le Fils ; nous confessons Dieu le Saint-Esprit. Nous confessons que les trois sont un : je dis un, h cause de l'unité de

divinité, à cause de l'unité de substance Ainsi

la déité de la Trinité (provient) de l'unité et demeure dans l'unité. Le Père est père, le Fils est fds, l'Esprit est esprit. Ils sont trois par les noms, trois dans un seul principe, trois dans une seule perfection, trois dans une seule déité, trois dans une seule lumière, trois dans une seule vertu, trois dans une seule opération, trois dans une seule substance, trois dans une seule perpétuité, j)arce que, comme les trois (sortent) de l'unité, ainsi il v a unité dans les trois. Nous confessons ainsi, parce que nous croyons ainsi que la Trinité est indivise, cette Trinité avant laquelle on ne peut rien concevoir, et par laquelle sont toutes les choses visibles, les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances'. »

Arius ne voyait dans le Verbe ou le Fils qu'une créature. « Sans doute, d'après lui, cetic créature est la première de toutes en date et en perfcc-

I, De Latide Saiicloruni ^ C.np. iv.

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tion, mais ce n'est qu'une crcalure, et par conséquent elle n'est ni coéternelle, ni égale au Père, et elle tient tout de sa libéralité. Né avant tous les siècles, et investi par Dieu tlu pouvoir de produire les êtres, le Verbe a été Tinstrument divin de la création du monde; il Ta été aussi de larébabilitationdcsbommes, en s'incarnant, sans l'intermédiaire d'une àme bumaine, dans le sein virginal de Marie* «. Victrice proteste indirectement contrôla doctrine arienne, lorsqu'il attribue au ^ erbe, « par qui tout a été fait, et sans qui rien n'a été lait, » la même éternité et la même substance que celle du Père^ JNlais il est moins précis au sujet de la nature bumaine du Christ. En disant que le Verbe « a pris sa cliair de la Vierge Marie, et qu'il a ainsi revêtu Ibumanité'^ », il n'indique pas nettement cjue celte bumanité comprend l'àme bumaine avec toutes ses facultés. Et ce fut peut-être cette indécision de sa formule qui lui attira plus lard, comme nous le verrons, le reproche de pencher vers l'Apollinarisme. Mais, prise en elle-même et sans subtilité, sa phrase peut s'ex[)liqucr d'une f;içou

I, Lari^ciit, Sailli IliluiiCj p ■>.'].

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