‹ Saint VictriceChapitre 58 sur 101 · Cap. XI, u · texte numérisé non relu

Cap. XI, u

sur ces mots. On y trouvera peut-être des Ionlueurs et des subtilités. Nous avons cependant supprimé quelques développements et certaines redites qui nuisaient à la clarté de la pensée. L'idée mère qui se dégage de cette argumentation, c'est que la présence d'une relique, si minime soit-elle, est une source de bénédiction pour l'église qui la possède.

Victrice attribue toutefois aux saints une puissance qui peut paraître très exagérée. Il ne se contente pas de recourir à leur intercession pour obtenir du Ciel miséricorde, il marque expressément que Dieu leur a confié le pouvoir de remettre les péchés. « C'est h eux, observet-il, que le Sauveur a dit : Les péchés seront remis à qui vous les remettrez., et celui que vous lierez sera lié*. » Il faut sans doute mettre cette exagération de langage sur le compte de l'élan oratoire, car en plusieurs autres endroits de son ouvrage l'évèque de Rouen s'exprime plus correctement et semble ne reconnaître aux saints, en matière de rémission des péchés, que le droit de simple « advocacie », comme on disait au moyen àge^

I. Cap. VII, n" i3, p. 25. Cf. cap. vi, n" ii : « Romittite (lelicta ». Cf. Joaiin., xx, ai, et Matllî., xviii. i8. a. n Hicc noslra sil apud saiictos prima pelilio, ut

LE f^ DE LAUDE SAXCTORUM ». 95

Le talent crécrivaiii que Victrice déploie clans la composition de son Eloge des Saints appelle également raltention de la critique. Lebeuf, qui donna la première édition de l'ouvrage, prétend que le style de Févêque de Rouen olTre une « très grande ressemblance » avec celui de saint Paulin de Noie'. Ce jugement est trop vague pour qu'on entreprenne de le discuter.

Un littérateur autricluen, qui a étudié le De Lande Sanctoî'um surtout au point de vue grammatical, se borne à v relever quelques néologismes ou termes rares, en tout une douzaine, tels que veniabilis^ infectio^ sacratio, assu/tiis, œternari, Iraiispungere^. Sur l'ensemble du style, il se montre extrêmement sévère. « Le lanffajje de Victrice est, dit-il, enflé et affecté; il fait pressentir les faux brillants et les futilités tortueuses d'un Martianus Capella, d'un Ennodius

peccala noslra ])ia miscralione advocalionis excusent, non animo judicanlis inqiiirant. » Cap. i, n" i. « Adsunt advocali, dolictoruni nostroiiim gesta oralione pandamus. Favent judices, j)os.siinl niiligarc senleiitiau), qiiibus dictum est : Sedcbilis super diiodecim tribunalia, » etc. Cap. XII, n" 25.

I. a Maximam simililiulincm », IMigne, P. L., t. XX, col. 4^9-

a. C. Paucker, Zeil.u/irift fur die ôslerreic/tischen Gym^ nasicii, i88i, p. ^Si et suiv.

et de tant d'autres auteurs semi-barbares de l'âge suivant \ »

Aucun de ces critiques, selon nous, n'a justement apprécié le style de saint Victrice, et cela parce qu'aucun d'eux n'a connu les règles qu'il suivit scrupuleusement en composant son ouvrage .

Le De Lande Sanctorutn a été, en effet, écrit avec des préoccupations littéraires et un souci de l'art qu'aucun écrivain du même temps n'a montré à un plus haut degré. Saint Victrice est un styliste, et sans lui faire de ce chef, pour le moment, un éloge ou un blâme, il convient de déterminer avec exactitude le tour qu'il voulait et savait donner à sa phrase.

Cette phrase est courte, concise, à dessein laconique, plus chargée de pensées que de mots. Mais ce qui la caractérise particulièrement, c'est le retour très fréquent des mêmes cadences finales, évidemment destinées à cliarmer l'oreille des délicats. Le rythme suivant lequel elle s'achève forme une sorte de musique.

Mais en quoi consistent ce rythme et ces cadences, auxquels on a donné le nom de cursus? Pour ceux qui n'en connaîtraient pas les règles,

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