Cap. XII, n" 2g. Appendice B
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et nets. Les règles du cursus ne forment pas d'entraves qui rempêchent de s'élever à réloquence. Toutefois nous ne ferons pas difficulté de reconnaître que toutes les pages de son ouvrage, bien que marquées de la même empreinte, n'offrent ni la même beauté, ni la même clarté. Le stvle de Victrice est parfois obscur. Et cela ne tient pas toujours à la rareté de l'expression, prise en debors du vocabulaire classique, ou à l'élévation de la pensée qui se complaît dans la métapbysique : la recbercbe de la concision et la poursuite des mêmes cadences en sont aussi la cause.
Et c'est ici qu'il conviendrait de dire ce qu'il faut penser des lois du cursus, telles que les comprend l'évêque de Rouen. On ne peut contester que, dans uu discours, le retour de certaines cadences barmonieuses ne soit très agiéablc à l'oreille, à condition qu'elles soient variées et ramenées avec art au bout des pbrases. Les combinaisons des trois formes du eu/sus offrent, à cet égard, des ressources suffisantes. Mais il est nécessaire d'éviter le retour trop fréquent des mêmes cadences, sous peine de fatiguer l'oreille par leur répétition. Un style large, abondant, périodique' se prête aisément à ces agencements 1. Voy. les Sermons de saiiil Léou le Grand.
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de syllabes. Il n'en est pas de même des phrases courtes, nettes, concises. Or, le style de Victrice est justemenl d'une extrême concision. Le danj^er était, pour lui, de tomber dans la monotonie. Il n'y a pas complètement échappé. Si donc il convient de lui faire un mérite du soin avec lequel il a observé les règles du cursus, il faut également reconnaître que ce soin tourne à l'excès et dégénère en aflectalion.
Malgré ses défauts, le De Laude Sanctorum reste une œuvre littéraire de grande valeur, qui peut soutenir la comparaison avec les meilleurs écrits sur le même sujet. Nul doute que les contemporains de Victrice ne l'aient hautement apprécié. Mais la postérité a longtemps tardé à lui rendre justice. L'ouvrage a été peu transcrit auMoven âge; on n'en connaît que deux manuscrits, codd. 98 et 102 de Saint-Gall. Les Bénédictins qui le découvrirent parmi les œuvres de saint Ambroise ne songèrent pas à le publier, a L'abbé Lebeuf en donna, en ijS?, l'édition princcps. Elle (ut réimprimée ii Auxcrrc en 176.S, avec une traduction, dans un petit volume qui est principalement un mémoire académique local. Le texte entra, en 1772, dans la Bibliothèque des Pères, d'André Galland. Cette édition était inconnue de Gliesquière, lorsque, onze ans plus
lard, il joignit le Traité à une dissertation sur son auteur. Enfin l'ouvrage a reparu de nos jours dans la Patrologie^ » latine de Migne.
La copie du manuscrit de Saint-Gall que Lebeuf publia était assez fautive. Toutes les éditions qui suivirent en perpétuèrent ou même en aggravèrent les fautes. Il restait à donner rédition critique et définitive. C'est ce qu'entreprit l'abbé Sauvage, et ce qu'après lui essaya de mener à bonne fin M. l'abbé Tougard. Toutefois leur publication ne répond pas encore à toutes les exigences de l'érudition moderne. C'est plutôt une œuvre de vulgarisation que de science proprement dite ^ Non seulement ils n'adoptent pas pour la construction du texte une version unique, mais, ce qui est plus grave, ils ne tiennent nul compte des règles du cursus pour les corrections qu'ils proposent^ A vrai dire, toutes les
1. Tougard. 5rtm/ T'ictrice. son De Laude Sanclortini, Introduction, p. 5, n. I.
2. Saint Victricc. Son livre de Laude Sanctortim, diaprés les variantes tirées des mss. de Saint-Gai, par le chanoine Sauvage, publié et annoté par l'abbé A. Tougard, Paris, Dumont et Alph. Picard, 1893.
3. M. Tougard établit son texte d'après : 1° le ms. 98 de Sainl-Gall; 2° le ms. 102 (il>id.), copie de 98, selon ÎS'olle; 3° les Notes critiques de >'olte, extrait de la Tlieologisclie Quarlalscltrifl, Tûbingen, 1869, p. 4'>4-'|59; 4° le texte de l'abbé Lel)euf; i" le texte de C'.besquière. 11 donne aussi la pagination de Migne {P. L., t. XX).
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versions que nous possédons paraissent provenir du cod. 98 de Saint-Gall. Le champ sur lequel devait s'exercer la critique était donc très restreint. En pareil cas, la connaissance du cursus était d'un mince secours. Cependant elle n'était pas tout h fait inutile. Elle pouvait servir à justifier ou à condamner certaines cadences douteuses. Nous en donnerons la preuve dans un appendice spéciale
Le De Lande Sanctornm est le seul ouvrage de Victrice que nous possédions. Le reste de ses écrits est malheureusement perdu. Un critique moderne" lui a cependant attribué la composition du symbole : Quicumgue, dans lequel, nous diton, il faudrait reconnaître la profession de foi que révoque de Rouen rédigea pour sa justification en 4o3. Mais cette hypothèse n'est guère justifiée. S'il est vrai que Victrice eut à se défendre contre l'accusation d'apollinarismc, et que le Quicumque présente des déclarations nettement anti-apollinaristes% il ne s'ensuit pas que cette
Comme il veut faire, avant tout, œuvre de vulgarisation, il choisit, entre les leçons, celle qui lui parait la plus claire et donne toujours l'ortliographe moderne.
3. Harvey, Titc liislory and t/wolo^ie of thc tlirec Creeds, London, Parker, i85.i, t, II, j). H-y.
3. Cf. De LaufU Sanclorum, cap. iv, et le Quicumque, versets 4, 6, i5, 28, 29, 3o.
profession de foi soit son œuvre. Bien d'autres auteurs tinrent un langage semblable, aux environs de l'an 4oo. D'ailleurs, selon toute vraisemblance', le Quiciunqne n'est pas antérieur à 4^0, et, à cette date, uous le verrons, il y avait plus de vingt ans que Victrice était mort.
I. Cf. A.-E. Biirn, .in Introduction la the Creeds^ London, Metiuien, 1899, p. 145-149; The Athauasian Creed and Us carly Commentaries, Cambridge, 189G, dans Texts and Studies, Contrihulions ta bibUcal and palrislic Lileralure, vol. IV, n° I, p. 45. M. Biirn attribue le Quicumque à l'école de Léi'ius.