Pour exiiliquer el jiislifier la demande de congé de
n'avait probablement jamais été allégué par aucun des légionnaires qu'avait commandés et libérés le tribun de Victrice. Surpris par le caractère insolite et la hardiesse de la démarche que celui-ci faisait en présence de toute l'armée, il y vit une atteinte grave à la discipline. Son élonnement se changea, nous dit-on, en fureur. Par manière de châtiment, il fit infliger au coupable la peine corporelle la plus infamante. Victrice fut battu de verges et roué de coups, raconte saint Paulin ; « mais, comme il s'appuvait sur le bois de la croix, il demeura invaincu >>. Bientôt, à ces souffrances s'en ajoutèrent d'autres; on le jeta tout meurtri en prison, dans une de ces pri-
saiut Martin, Lecoy de la Marche allègue (Saint Martin, p. log) une loi de l'an 400, ainsi conçue : « Et quoniam plurimos, vel aute mililiam i-el post incltoatam nec pcractam, latere ohjcctu piœ rcligionis aguovimus, dura se quidam vocabulo clericoruni etiufauslis defunctorum obsequiis occupâtes non tam observatioue cultus quam olii et socordioe amore defendunt, uulli omnino tali excusari objectione permittimus. » Cod. Theodos., éd. Ritier, 254i 444' « Puisqu'on accordait quelquefois un congé pour cause de cléricature, dit-il, Martin put l'obtenir pour s'adonnera la vie religieuse», militare Dco [Ibid., p. 107- 110). Celte raison nous paraît bien peu satisfaisante. Dans le texte cité, il s'agit de corporations religieuses auxquelles appartenait le ])étilionnairc, corporations reconnues par l'Etat. Mais \ictrice, aussi bien que Martin, n'invoque d'autre raison, pour obtenir son ccjngé, que son désir de servir le Clirist, au lieu de César. Il n'y a j)as là de motif légal de missio.
sons militaires qui avaient pour pavés des têts de pots cassés, dont la pointe ne pouvait qu'aviver ses plaies déjà liorribles. Mais là encore le légionnaire montra un courage supérieur à son supplice. C'est que le Christ, comme parle saint Paulin, « le Christ, qui le soutenait, lui donnait à la fois son sein pour lit et son bras pour oreiller* ». Le tribun dut se résigner à voir échouer les mesures de violence auxquelles il avait eu recours pour obtenir de Victrice un mot de rétractation. Sa victime demeura inébranlable. Poussé à bout par tant d'obstination, et ne pouvant infliger la peine de mort, il prit le parti d'envoyer le pétitionnaire devant le tribunal du comte''. Celui-ci, après avoir essayé vainement,
1. « Concitato in furias tribuno dislrictus in veibera et vastis fiiâlibus fractus, uec tamcn victus es quia crucis ligno innitt'baris. Gemiuataque niox corpori pteua, acuto teslaïuni fragniine lanialis immauibiis plagis membia subtrilus es, lune inoUius fulcienle Cliristo, cujiis iil)i gremium lectulus erat et dextra pulviuar. » Paulin, Ep. XVIII, n° 7.
2. Au iV siècle, on donnait le litre de coints à des chefs militaires placés à la tête des forces qui stationuaieut près des frontières (^Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, par Daremberg et Saglio, au mot Cornes). M. C. Julliau nous écrit qu'à cette époque, il y avait un cornes à la tête de tous les coramandemenis militaires. Le cornes est le chef naturel du irihunus. Nous lisons, eu effet, dans une loi de 342-344 '• Conùtihus, trihunis, pnrjwsitis militibusque. Cod. Theodos., \1I, ix, a.
à son tour, de convertir Victrice et de lui faire abandonner son projet de retraite, finit par assimiler Faltitude du fier soldat à un acte d'insubordination, et sa démarche irrégulière à un cas de désertion. La peine de mort pouvait seule expier un tel forfait'. On donna au condamné une escorte pour le conduire au lieu du supplice. Pendant le parcours, le bourreau, qui niarcliail devant lui, se retournant tout à coup, montra d'un geste ironique l'endroit où il allait frapper du glaive sa victime. Cette insolence eut son châtiment soudain, raconte saint Paulin de Noie. L'ii>sulteur s'aperçut que ses yeux se troublaient; vainement il se mit à remuer les paupières: il était frappé de cécité'.
L'impression causée par cet événement fut tellement jirofonde chez quelques-uns des témoins, qu'elle détermina leur conversion, et, ce semble aussi, celle du bourreau lui-même ^ Une sur-
1. La ppiue de mort était prononcée ou cas de désertion mi d'insubordinalion. Cf. ]\Lirf]iKirdl. otif. cit.,
2. n Diaboli satellilibiis... capit.ilem sententiam meditanlibus... caruifex, qui iii itincre qiio percussorem tuum sacra victima scquebaris, cerviccm tuam insultans minacilcr altingendi tonieritale violaverat ([iiasi ictus sui lociini piiccurrcnte gladium manu palpans, exciissis iilico occulis caccitatc j)erculsus est. » Paulin, £i>. xviii,