‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 101 sur 236 · PORTRAIT DE M. DE CONDREN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M. DE CONDREN

Deuxieme supérieur de l’Oratoire, ami de saint Vincent. Fac-similé d'une gravure tirée de 1 Histoire de sa vie, dix-septième siècle. — M. de Condren est représenté voulant embraser le monde du feu de la charité. « Il me semble, disait madame de Chantal, que Dieu a rendu le P. de Condren capable d'instruire les anges. »

par aucun mouvement d’indignation.» Nul plus que lui, dans ce désordre des esprits, ne travailla à défendre la véritable doctrine, à intéresser les évêques à la cause de l’orthodoxie, à prémunir les congrégations religieuses contre les pernicieuses nouveautés, et a faire

condamner l’erreur par le juge infaillible. La haine violente et infatigable dont les jansénistes le poursuivirent est la mesure de la reconnaissance que lui doit le catholicisme. Quand Rome enfin eut parlé, quand, malgré toutes les intrigues des sectaires, Innocent X, informé par l’ambassadeur de Louis XIV et par les docteurs que Vincent de Paul avait choisis pour représenter la bonne cause, eut prononcé la condamnation du jansénisme, l’humble prêtre fut un des premiers à s’en réjouir. Il dira à ses frères, dans l’humilité de sa foi : « Remercions Dieu de la protection qu’il donne à l’Église, et particulièrement à la France, pour la purger de ces erreurs qui allaient la jeter dans un si grand désordre. Pour moi, encore que Dieu m’ait fait la grâce de discerner l’erreur d’avec la vérité avant la définition du Saint-Siège apostolique, je n’ai pourtant jamais eu aucun sentiment de vaine complaisance ni de vaine joie de ce que mon jugement s’est trouvé conforme à celui de l’Église, reconnaissant bien que c’est un effet de la pure miséricorde de Dieu envers moi, dont je suis obligé de lui rendre toute la gloire. »

Après la condamnation, il ne tint pas à sa prudence et à sa charité que les dissidents ne se soumissent aux décisions du Saint-Siège. Autant il avait été zélé dans la lutte, autant il fut modéré dans la victoire. Par ses avances à Port-Royal il espérait contribuer à la réunion des esprits, mais en même temps il ne cessait de mettre en garde les siens contre les retours de l’erreur. Sa mansuétude envers les personnes n’allait pas jusqu’à de molles compromissions avec l’hérésie. On eût voulu que sa charité transigeât. Mais, répondait-il, « lorsqu’un différend, est jugé, il n’y a point d’autre accord à faire que de suivre le jugement qui en a été rendu. Avant que ces messieurs fussent condamnés, ils ont fait tous leurs efforts pour que le mensonge prévalût sur la vérité. Depuis même que le Saint-Siège a décidé les questions à leur désavantage, ils ont donné divers sens aux constitutions pour en éluder l’effet. Et quoique d’ailleurs ils aient fait semblant de se soumettre sincèrement au Père commun des fidèles,... néanmoins les écrivains de leur parti qui ont soutenu ces opinions, et qui ont fait des livres et des apologies pour les défendre, n’ont pas

Fac-similé d’une lettre du cardinal Mazarin à saint

Vincent de Paul, conservée aux archives

de la Congrégation de la Mission à Paris.

^ pr*/ Lyot

S U -tç&,yu+

^ v*es(px^c Uc^tû^v'e*

Xi*. — — **"’— * ' f~~

^ -rx'F'^r"

v — *cr ,^n~7

encore dit ni écrit un mot qui paraisse pour les désavouer. Quelle union donc pouvons-nous faire avec eux, s’ils n’ont une véritable et sincère intention de se soumettre? Quelle modération peut-on apporter à ce que l’Église a décidé? Ce sont des matières de foi qui ne peuvent souffrir d’altération ni recevoir de composition, et par conséquent nous ne pouvons pas les ajuster aux sentiments de ces messieurs-là; mais c’est à eux à soumettre les lumières de leur esprit, et à se réunir à nous par une même créance et par une vraie et sincère soumission

Note écrite par saint Vincent au verso de la lettre du cardinal Mazarin reproduite d’autre part.

0*n {yvui^^ Jmma 01*****$+*

» 'lu ckM-c*

h peu* 'la. fa

fj &*■

/j fo in iï, <\M\ b? o-4+l*q

On trouvera dans cest ouvrage tous les autheurs alléguez pour la prétendue egallité de saint Paul avecq saint Pierre réfutez par les mesmes autheurs dont ilz allèguent les passages, tous les uns après les autres.

au chef de l’Église. Sans cela, il n’y a rien à faire qu’à prier Dieu pour leur conversion. »

Avec ce don de discernement qui vient de Dieu , avec cette science droite et sûre que les sectaires furent réduits à railler, ne pouvant la tromper, Vincent de Paul avait reconnu tout de suite dans cette erreur nouvelle du jansénisme, « une des plus dangereuses qui aient jamais troublé l’Église ». L’esprit de discussion et de révolte qu’elle cachait sous un rigorisme orgueilleux, l’incrédulité qu’elle favorisait sous les dehors de la piété, le dérèglement des mœurs qui était la suite de son fatalisme étroit et décourageant, tout cela faisait pressentir au saint prêtre une ère nouvelle de maux pour l’Église. Témoin dans sa jeunesse des ravages à peine réparés du calvinisme, il craignait que la France, livrée à la nouvelle hérésie, n’eût le sort de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la Suède, et que le flambeau de la foi éteint chez elle ne fût transporté ailleurs. Mais comme Dieu,

CO

HH

vy

CO

TJ

Page 1