LETTRE DE BOSSUET, ÉVÊQUE DE MEAUX
TRADUCTION
Très Saint Père,
. C’est un devoir pour les évêques de porter au Siège Apostolique le témoignage sincère et complet de la vérité, dans toute cause qui peut ou qui doit être soumise à son jugement. Aussi, puisque la question de la vie et de la sainteté du vénérable Vincent de Paul, fondateur et premier supérieur général de la Congrégation de la Mission, est posée, nous attestons que nous l’avons connu dès notre jeunesse, et que nous avons puisé le véritable et parfait esprit de la piété chrétienne et de la discipline ecclésiastique dans ses pieux entretiens et ses sages conseils, dont le souvenir nous charme grandement encore à cet âge.
Dans la suite, alors que nous étions déjà dans les ordres, nous fûmes admis dans cette compagnie de vertueux prêtres instituée par lui , et qui s’assemblait chaque semaine sous sa direction, pour conférer des choses de Dieu. Vincent était l’âme de ces pieuses réunions. Quand, avides, nous écoutions sa parole, pas un qui n’y sentît l’accomplissement du mot de l’apôtre : Si quelqu’un parle , que sa parole soit comme de Dieu ; si quelqu’un administre , que son administration émane comme de la vertu même de Dieu.
La réputation et la piété de Vincent attiraient souvent à ces conférences des prélats renommés, qui y trouvaient de précieuses ressources en vue de leurs charges pastorales et de leurs travaux apostoliques. Là, en effet, s’offraient à eux d’infatigables ouvriers prêts à porter la parole de vérité dans leurs diocèses et à prêcher l’Évangile non moins par l’exemple que par la parole. Ce fut pour nous-même un temps bien cher que celui où, partageant leurs labeurs, nous nous efforcions de conduire dans les pâturages de vie le troupeau de l’église de Metz, dans laquelle nous remplissions alors des fonctions ; il n’était personne qui ne comprit que le succès de cette mission devait être attribué aux saintes exhortations du vénérable Vincent, à ses conseils, et surtout à ses prières.
Lorsque nous dûmes être promu au sacerdoce, ce fut lui et les siens qui nous y
SAINT VINCENT UE PAUL
affatim eo frui in Domino, ejusque virtutes coram intueri, ac præsertim genuinam illam et apostolicam charitatem, gravitatem atque prudentiam cum admirabili simplicitate conjunctam, Ecclesiasticæ rei studium, zelum animarum, et adversus omnigenas corruptelas invictissimum robur atque constantiam.
Quam puram fidem coleret, quam Sedi Apostolicæ ejusque Decretis reverentiam exhiberet, quanta animi demissione et humilitate, in amplissimis licet Regiorum etiam Consiliorum functionibus constitutus, Domino deserviret, recordantur omnes, et ego suavissime recolo.
Crescit in dies pii Viri memoria, qui in omni loco Christi bonus odor factus, dignus ab omnibus habetur, qui a sancto Pontifice rite et canonice Sanctorum numéro inseratur, si Vestræ Beatitudini placuerit.
Nostris vero sensibus, Beatissime Pater, eo gratior ac firmior venerandi Vincentii hæret recordatio, quod in sua Congregatione, et in nostra quoque Diœcesi spirantem intuemur. Cum ejus Discipulis Compresbyteris nostris vivimus, cum iis laboramus, eorumque doctrina et exemplis commissum nobis gregem indefesso studio , neque unquam intermisso opéré pasci gaudemus in Domino.
Neque licet conticere de piarum fœminarum cœtu, quæ ab ipso sanctissimis Regulis informatæ pauperibus et ægrotis sublevandis tanta castitate, humilitate, charitate serviunt, ut sui Institutoris, ab eoque insiti spiritus oblivisci non sinant.
Nos ergo pii Viri memores, hoc nostrum testimonium, Beatissime Pater, in Vestræ Sanctitatis paternum sinum effundimus; gnari scilicet Sanctorum mentione delectari Sanctos. Sed plura proferre tanta Majestas, et Pontificiis humeris ingens negotiorum moles non sinunt : quanquam maximarum rerum gubernacula tenenti et magnitudo mentis, et rerum providentia, et de Cœlo solatia atque consilia abunde suppetunt, viresque intégrant; quo bono ut Ecclesia Christi diutissime potiatur, summa votorum est. Hæc coram Deo in Christo loquor, in conscientia bona et fide non ficta, ego Sanctitatis Vestræ,
Beatissime Pater,
Devotissimus atque obedientissimus Servus ac Filius,
J. Benignus, Ewscopus Meldensis.
Datum iu Civitate nostra Meldensi 2 Augusti 1702.
LA CANONISATION
préparèrent. Il avait établi des retraites pour les ordinands, et plusieurs fois même il nous pria de prendre la parole sur les devoirs des ecclésiastiques, comme cela se fait d’ordinaire durant ces exercices, et, fortifié par les prières et par les avis de cet homme excellent, nous acceptions volontiers le pieux fardeau. C’est dans ces rencontres qu’il nous a été donné de jouir de lui à loisir dans le Seigneur, d’admirer de près ses vertus et surtout sa charité vraiment apostolique, sa gravité, sa prudence, jointe à une admirable simplicité; son amour de la discipline ecclésiastique, son zèle pour le salut des âmes, sa force invincible et sa constance contre tous les genres de corruption.
Tout le monde se rappelle, et pour moi c’est avec bonheur, combien sa foi était pure, son respect pour le Siège apostolique profond, sa soumission à ses décrets sincère et sans réserve; avec quel abaissement d’esprit, quelle humilité de cœur il servait Dieu, même au milieu des plus hautes fonctions qu’il remplissait à la Cour.
Aussi la mémoire de ce saint homme croît de jour en jour : il est en tout lieu la bonne odeur de Jésus-Christ, et tous le jugent digne, s’il plaît à Votre Béatitude, d’ètre mis au rang des saints par un saint Pontife.
Pour nous, Très Saint Père, nous conservons d’autant plus chèrement et plus profondément le souvenir du vénérable Vincent, qu’il vit encore dans sa Congrégation, qu’il nous semble encore le voir travailler dans notre diocèse en la personne de ses dignes enfants, qui vivent sous nos yeux, avec qui nous partageons le travail, que nous voyons avec joie infatigablement occupés à repaître et de paroles et d’exemples le troupeau qui nous est confié.
Mais pourrions-nous taire cette compagnie de vertueuses filles, qui, formée par le pieux Vincent, conduite par les sages règles qu’il leur a données, s’applique à soulager les pauvres et surtout les malades, avec une humilité, une charité et une pureté qui retracent à chaque moment à nos yeux et le saint fondateur, et l’esprit dont il était rempli et qu’il a inspiré à ce saint Institut.
C’est donc avec le souvenir de cet homme de Dieu que nous venons, Très Saint Père, déposer dans votre sein paternel le juste témoignage que nous devons à Vincent, persuadé que c'est faire plaisir à un saint que de lui parler d’un saint. Mais le profond respect que nous avons pour Votre Sainteté, et la multitude des affaires importantes qui l’occupent, ne nous permettent pas de l’interrompre plus longtemps, quoique nous sachions que rien n’embarrasse un esprit aussi élevé, une habileté pour les affaires aussi étendue, une âme que le Ciel favorise de ses plus douces consolations, à qui il inspire et de sages conseils et la force de les exécuter. Que Dieu conserve longtemps à son Eglise un tel chef. Ce sont nos vœux les plus ardents et les plus sincères. Au reste, Très Saint Père, tout ce que je viens de dire, je le dis devant Dieu en Jésus-Christ dans toute la sincérité et toute la fidélité que je dois et à la vérité et à Votre Sainteté, dont je suis,
Très Saint Père,
Le très dévoué et très obéissant serviteur et fils.
J. Bénigne, évêque de Meaux.
Donné dans notre ville de Meaux le 2 août 1702.
Première page de la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul. Fac-similé réduit, d’après l'original conservé aux Archives de la Mission, à Paris
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