PORTRAIT DE FRANÇOISE DE PAUL
Morte à Pouy, en 1866. à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Ses traits rappellent ceux de saint Vincent. - Françoise de Paul était l’ainée des enfants de François de Paul, qui n’eut que des filles, et qui descendait ut ligne directe d’un frère du saint.
LA POSTERITE
On a fait un volume de la seule liste des institutions religieuses et charitables établies à Paris; il faudrait le doubler pour le reste de la France, et aucune énumération ne saurait donner une idée complète des œuvres de la charité dans le monde chrétien. « La nomenclature d’un si grand nombre d’institutions, nées presque toutes de l’influence du christianisme et sous l’inspiration de l’Évangile, n’est-elle pas, dirons-nous aussi avec l’auteur de cette statistique, le plus éclatant témoignage en faveur des croyances et des doctrines aujourd’hui si calomniées et si combattues, et une réponse victorieuse à ceux qui seraient tentés de désespérer de notre temps et de notre pays ? » En moins d’un siècle, l’Église a refait tout ce que la Révolution avait détruit. Celle-ci cependant n’a point cessé de la combattre ; mais plus elle est maîtresse, plus elle se montre impuissante à procurer le bien des hommes, le soulagement des misères, le maintien de la paix. Malgré ses promesses et ses efforts elle n’a rien fondé de bon ni d’utile, elle n’a su créer ni un établissement de bienfaisance, ni une corporation d’hommes dévoués à leurs semblables, ni même une vertu de philanthropie. C’est que la charité n’est pas une institution légale, et que rien ne peut la remplacer. Avec ses deux cents millions employés chaque année à l’assistance publique, avec ses maisons de travail pour les indigents, la riche Angleterre est rongée, depuis Élisabeth, par la plaie du paupérisme; au milieu de ses victoires l’Allemagne protestante tremble devant le socialisme, et la Russie schismatique voit son formidable empire menacé par le nihilisme. Si la France, exploitée depuis un siècle par les doctrines les plus insensées, et ballottée sans cesse par les révolutions, sort victorieuse de tant d’épreuves, c’est à la charité surtout qu’elle le devra. Qui pourrait méconnaître l’influence politique et sociale des orphelinats, des patronages, des maisons de correction, des pénitenciers, des refuges et des innombrables œuvres d’assistance pour les pauvres ? En
France plus qu’en aucun autre pays, la charité recueille, élève, secourt et console une multitude de malheureux qui sans elle deviendraient, sous les mauvais conseils de la faim, des criminels ou des révolutionnaires. Elle est la vraie solution des questions sociales qui se posent d’une manière si redoutable en face des sociétés modernes, parce qu’elle seule peut faire régner dans le monde la paix avec la justice. Dans la théorie chrétienne de la richesse, Dieu seul est le vrai propriétaire, les riches ne sont que les usufruitiers, et cette doctrine a son application dans l’exercice de la charité, qui conduit à la fois au soulagement de toutes les misères et à l’organisation équitable du travail. Telle est la charité prêchée et pratiquée dans l’Église. Cette charité des saints, qui est la forme la plus sensible de l’action civilisatrice de l’Église, l’expression la plus parfaite des vertus chrétiennes, transformerait le monde si elle était mieux imitée. Saint Vincent de Paul en a été un des plus parfaits modèles, un des plus féconds instruments. Ses oeuvres soutiennent aujourd’hui une société ébranlée jusqu’aux fondements par le souffle des mauvaises doctrines et des passions politiques ; son esprit merveilleusement ranimé en ce siècle ne périra pas, et il ne cessera d’engendrer des dévouements et des œuvres qui feront plus pour le maintien de l’ordre et de la paix que toutes les lois de police et toutes les sentences des tribunaux. La charité n’a besoin que de la liberté pour produire ses fruits. Avec elle, l’Évangile, manifesté dans toute sa force et toute sa beauté, continuera de régir le monde, et l’Eglise de Jésus-Christ, à travers toutes les épreuves du temps et malgré toutes les oppositions des hommes, vaincra la Révolution comme elle a vaincu l’idolâtrie.
Arthur LOT H.