‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 163 sur 236 · SES ORIGINES, SON BUT, SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

SES ORIGINES, SON BUT, SON HISTOIRE

l’exemple de tous les grands saints, fondateurs d’Ordres, saint Vincent de Paul avait songé aux gens du monde qui ne pouvaient entrer dans la vie religieuse, et qui avaient besoin cependant de se sanctifier par des exercices de miséricorde et de piété. S’il ne fonda pas, comme saint Dominique et saint François d’Assise, des tiers-ordres pour les hommes et pour les femmes, il ne négligea aucune classe de la société dans l’apostolat qu’il voulait exercer. Les souvenirs populaires se sont plus volontiers attachés aux Sociétés de Dames qu’il créa, à ses Confréries de charité spécialement; mais il s’était gardé d’oublier la sanctification des hommes, et M. de Renty fut l’un des agents les plus actifs des congrégations d’hommes du monde organisées par lui. Ce grand saint, en effet, doué d’un esprit si pratique de prudence et de précision, savait que si la femme chrétienne est le centre, le cœur de la famille, l’homme en est le chef et la force; que, par conséquent, entretenir la

piété des femmes est excellent, mais que pour obtenir des résultats solides et durables il faut également pousser les hommes dans les voies de la vertu, de la vie chrétienne ; sinon, la foi des populations s’affaiblit et, à la longue, menace ruine.

Mais ce côté des œuvres de notre saint avait été négligé depuis longtemps. Il y avait sans doute des confréries de pénitents, des membres de congrégations pieuses, des bureaux officiels et très sérieux de charité; mais, en France, du moins, l’énergie avait semblé manquer dans un grand nombre de ces institutions, et le respect humain, les habitudes mondaines, les idées frivoles avaient, surtout depuis la révolution de 1789, repris sur la foule des hommes une influence délétère.

C’est pour lutter contre ce mal que, près de deux cents ans après la mort de saint Vincent de Paul, se constitua la Société d’hommes, vivant dans le monde, qui se glorifia de prendre son nom, et qui résolut de suivre les maximes tracées par l’apôtre de la charité moderne à tous ceux qui veulent servir les pauvres. Il y avait si longtemps que ce rôle était abandonné aux femmes, que beaucoup de bons esprits virent une nouveauté dans l’Église, parfois même un péril, dans ce qui n’était que le retour à des pratiques constantes parmi les fidèles depuis la fondation du christianisme, et que la mise en action d’une des vertus les plus recommandées par l’Évangile.

Quelques hommes se levèrent donc en 1 833, à Paris, pour reprendre dans l’exercice pratique de la charité la place que leurs devanciers n’auraient jamais dû abandonner, pour s’exciter surtout à cette vie générale et vraiment catholique, qui s’inspire de tous les grands intérêts

de l’Eglise, qui s’associe cà ses douleurs, à ses luttes, à ses triomphes, et

qui, au lieu de se circonscrire dans l’étroit horizon d’une paroisse, ou

même d’un pays, étend ses affections et son amour aux préoccupations

universelles et de tous les temps de l’Epouse immortelle du Christ.

Ils étaient huit au début, sans fortune, sans nom; sept étaient étudiants; un seul était plus avancé dans la vie, sans avoir dépassé encore l’àge de la virilité. Ils n’avaient pas de but ni de plan arrêté. Inquiets, pour leur propre salut, des attaques dont leur foi était l’objet dans un monde railleur et hostile, ils voulaient se serrer les uns contre

LA POSTÉRITÉ

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