‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 172 sur 236 · LA CHAIRE DE FOLLEVILLE · texte numérisé non relu

LA CHAIRE DE FOLLEVILLE

C’est dans cette chaire que saint Vincent prononça, le 25 janvier 1617, le premiei sermon de la Mission — Etat actuel.

part, la fondation des séminaires où, sur le modèle de ce qui se faisait a Saint-Lazare, les jeunes clercs allaient s’exercer désormais au minis-

tère de la prédication. Pour exposer complètement la situation à cette époque, il faudrait refaire, pour le siècle antérieur à saint Vincent, l’étude si remarquable de M. Lecoy de la Marche, consacrée à la chaire française au moyen âge, spécialement au treizième siècle. Un maître dans la critique, M. l’abbé Maynard, a dit en quelques mots ce qui est indispensable pour notre comparaison. « On sait ce qu’avait été auparavant l’éloquence sacrée en France. Depuis la mort de saint Bernard jusqu’au milieu du seizième siècle, nos prédicateurs n’avaient connu presque que l’idiome des anciens Romains, défiguré par les altérations successives. Dès qu’ils voulurent parler français , ils se laissèrent gagner par le mauvais goût qui avait plus ou moins envahi tous les genres littéraires. C’était une manie d’érudition amenée par la résurrection du culte des anciens. Les prédicateurs comme les écrivains, pour donner de l’autorité à leurs discours, ou plutôt de l’éclat à leurs personnes, se croyaient obligés de faire un vaste étalage de toutes sortes de fragments empruntés aux auteurs de l’antiquité. Chaque sermon était une sorte de bazar, de musée où se voyaient les richesses les plus hétérogènes ; une macédoine, une marqueterie où toutes sortes de couleurs et de jetons venaient se plaquer au caprice du goût le plus bizarre. Virgile figurait à côté de Moïse, Hercule auprès de David • souvent une phrase commencée en français se continuait en latin pour s’achever en grec, et dans cette seule phrase on avait entendu quelquefois les prophètes et les évangélistes, les écrivains d’Athènes et de Rome, les Pères grecs et latins h »

Ce tableau succinct de ce qu’était l’éloquence de la chaire au moment où parut notre saint peut fort bien s’appliquer à toute la littérature du même temps. Sans doute de naïfs et charmants poètes avaient déjà doté la langue de qualités aimables. Mais quel chemin ne restait-il pas à parcourir pour en venir à ce langage tout à la fois simple et élevé, ennemi des surcharges de l’ornementation, et néanmoins imagé, associant dans un heureux et sobre mélange les grâces de l’imagination a la solidité de la raison ! N’oublions pas qu’on sortait à peine de la

i. Maynard, Histoire de saint Vincent de Paul, tome II, pages 435-436.

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