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ARr Freppel, Œuvres oratoires, tome II

Auguste ROUSSEL.

L’ART ET LA CHARITÉ

v rt chrétien est l’art de la charité, puisque la charité est son principe et sa lin. Une œuvre d’art est un acte de l’intelligence et de la volonté. L’intelligence conçoit un idéal que la volonté aime et veut manifester; c’est ainsi que l’homme devient artiste. Son art dépend de l’idéal qu’il a choisi et du motif qui le détermine à l’exprimer.

L’idéal est la forme que l’esprit donne à une chose et qu’il cherche à rendre visible par les moyens de l’art. Cet idéal varie selon la science et le talent de chacun; c’est une lumière intérieure que l’étude développe et que la vertu augmente, mais que les passions peuvent obscurcir. Sa perfection est d’être l’image, le reflet de l’idéal divin, c’est-à-dire du vrai, du beau et du bien que le Créateur a mis en toute chose. L’idéal a Dieu pour principe, et par conséquent tout art véritable doit être religieux.

Les arts anciens étaient religieux, mais leur idéal était incomplet. Us le recevaient d’une tradition affaiblie par le temps et l’erreur. La Cause première leur apparaissait à travers les phénomènes de la nature, et ils en connaissaient mal la vérité, la beauté et surtout la

APPENDICES

bonté. Les artistes grecs recherchèrent l’idéal et l’exprimèrent par des chefs-d’œuvre. Ils symbolisèrent sous des formes humaines quelques attributs divins et personnifièrent la puissance, la sagesse du Créateur, et les beautés de l’ordre matériel, intellectuel et moral; mais la lumière qui les éclairait était insuffisante, et au lieu d’élever leur idéal vers son principe, ils l’abaissèrent bientôt vers les choses de la terre et les plaisirs des sens.

Les artistes chrétiens ont un idéal supérieur que leur montre la lumière surnaturelle de la foi. Ils cherchent le vrai, le beau et le bien en Dieu même, et ils surpassent ainsi les anciens par leur idéal, comme par le motif qui les détermine à le manifester. L’art chez les Grecs était une jouissance intellectuelle, et s’ils voulaient rendre visible l’idéal qu’ils avaient conçu, c’était pour en jouir davantage et le faire admirer. Leur œuvre n’était pas un acte religieux, un sentiment de piété qu’ils voulaient communiquer; ils cherchaient leur gloire plus que celle de leurs dieux; leur art avait un but personnel, intéressé. Il n’en est pas de même pour le véritable artiste chrétien. S’il veut exprimer son idéal, c’est que Dieu en est le principe et la fin ; c’est qu’il aime cet idéal, et que le bonheur qu’il trouve dans cet amour il désire le communiquer. Il est artiste parce qu’il aime Dieu et qu’il veut le faire aimer. Son art est l’art de la charité ; son art est semblable üi l’art de Dieu; car il a le même idéal et le même motif de le manifester.

Dieu est l’artiste parfait; il a un idéal qu’il conçoit et qu’il engendre éternellement, idéal infini qui est son Verbe, son Fils : « la splendeur de sa gloire, la forme de sa substance » ; idéal dans lequel il se contemple et que rien ne saurait augmenter, car en lui se trouve l’idéal de tous les êtres.

Le principe aime son idéal, comme l’idéal aime son principe, et cet amour mutuel est l’Esprit qui les unit dans une éternelle félicité. L’amour du Père et du Fils est la source de leur volonté, et par conséquent l’inspiration, le motif de l’art divin. Ce bonheur qui procède de la connaissance et de l’amour, Dieu veut le communiquer a d’autres êtres, et il ne peut le faire qu’en leur communiquant sa ressemblance. Il a créé des êtres intelligents et libres, des anges et

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