LOUIS XVI , 110 1 DE FRANCE
D’après une médaille du temps. — Louis XVI. à la suite du panégyrique de saint Vincent de Paul par l'abbé Maury, ordonna qu’une statue de marbre blanc fût érigée au saint prêtre dans la galerie du Louvre. Cette statue, chef-d’œuvre de Stouf, se trouvait à Saint-Lazare lors du pillage de la maison, eu 1789 : elle fut brisée par les révolutionnaires, et la tête en fut jetée dans le bassin du Palais- Royal.
son zèle admirable et celui de ses dignes enfants , a sanctifié des
millions d’âmes dans les missions ; qui a procuré les secours spirituels
et temporels à des provinces entières, ruinées par les malheurs de la
guerre ; qui a retiré des milliers de créatures des portes de la mort.
C’est lui-même, c’est ce Vincent de Paul qui a presque changé la face
de l’Eglise par les conférences, par les instructions, par tant de
séminaires dont il a procuré les établissements ; c’est lui qui a rétabli
la gloire du clergé dans sa première splendeur par les exercices des
ordinands, par les retraites spirituelles, par l’ouverture de son cœur
et de sa maison, etc. » Il faudrait citer encore le P. Tournemine,
APPENDICES
M. de Boulogne et tant d’autres, car la liste est longue des prédicateurs qui ont exalté la vie de saint Vincent. Qui n’a dans la mémoire cette mémorable apostrophe de Maury dans le magnifique panégyrique qu’il dressait comme un beau monument à la gloire de ce grand saint? Arrivé au point de son histoire où se place l’acte héroïque de dévouement qui le poussa à prendre les fers d’un galérien dont il conquit ainsi la liberté : « Le voilà donc, chrétiens, s’écriait Maury, le voilà confondu avec les forçats, chargé de chaînes, une rame à la main, sous les dehors humiliants d’une victime des lois, victime volontaire de la charité ! Qu’il est grand, qu’il est auguste dans son abjection ! O mon Dieu ! contemplez, du haut du ciel, ce spectacle vraiment digne de vos regards ; et que tous les chœurs des anges vous bénissent dans ce moment d’avoir, dans les trésors de votre miséricorde, des récompenses éternelles pour un si grand sacrifice ! Fers honorables, sacrés trophées de la charité, que n’êtes-vous suspendus aux voûtes de ce temple, comme l’un des plus beaux monuments de la gloire du christianisme ! Vous orneriez dignement les autels de Vincent de Paul, en rappelant à la société les citoyens que lui donne la religion de Jésus-Christ ; et la vue de ces chaînes justement révérées comme un objet de culte public aiderait, de siècle en siècle, notre ministère à lui en former encore de pareils. »
Ecoutons maintenant l’évêque d’Angers. Dans son magnifique panégyrique du saint, après avoir à grands traits résumé l’histoire de la charité dans le monde depuis Notre-Seigneur, après avoir montré saint Thomas d’Aquin, au treizième siècle, faisant la vaste synthèse des vérités de la foi, il nous montre celle, non moins magnifique, de la charité dans les œuvres de saint Vincent de Paul : « Est-il dans les siècles passés une institution quelconque de bienfaisance que Vincent n ait ou rajeunie, ou restaurée, ou agrandie ? Y a-t-il une œuvre de charité qui ne soit venue se rattacher comme un anneau à cette chaîne d établissements qui s étend jusqu’à nous ? De l’Hôtel-Dieu qu’il transforme a la Salpêtrière qu’il érige, des malades qu’il soulage aux pauvres qu il nourrit, des vieillards qu’il recueille aux enfants trouvés qu il sauve, des forçats qu il délivre aux captifs qu’il rachète, à travers
SAINT VINCENT DANS LA LITTÉRATURE 483
les établissements qu’il fonde, les asiles qu’il ouvre, les hôpitaux qu’il crée, pendant tout un demi-siècle, le monde suit avec étonnement les prodiges de son activité. N’est-ce point là, je vous le demande, dans l’ordre de la charité, cette vaste et magnifique synthèse que nous admirions tout à l’heure dans l’ordre de la foi ? N’est-ce point des deux côtés la même étendue d’esprit et cette largeur de coup d’œil qui embrasse et qui relie entre elles toutes les parties d’un grand tout? Et s’il est vrai qu’on ne saurait aborder un problème de la foi sans trouver en face de soi le nom et le génie de Thomas d’Aquin, chaque fois que le dévouement cherche à se produire dans une forme nouvelle, chaque fois que l’esprit chrétien, inspiré par la foi, se traduit parmi nous en quelque chose féconde, pour peu que l’on creuse à la source de ces grandes choses, on y trouve, à côté du doigt de Dieu qui met tout en mouvement, la main et le cœur de Vincent de Paul h »
Qu’ajouter à ces paroles ? En les recueillant, les auditeurs du prêtre éloquent destiné à prendre plus tard une si grande place dans l’épiscopat français, ne devaient-ils pas trouver là même le plus bel éloge du saint qui a tant fait pour restaurer la dignité de la chaire chrétienne, en fondant les conférences où s’est formé Bossuet?