‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 26 sur 236 · MOULIN DE P O U Y (LANDES) - ÉTAT ACTUEL · texte numérisé non relu

MOULIN DE P O U Y (LANDES) - ÉTAT ACTUEL

En revenant de ce moulin, Vincent donnait aux pauvres quelques poignées de la farine qu’il rapportait

à la maison, imitant ainsi la charité de ses parents.

autre sans doute eût partagé : Vincent était né pour les grandes choses.

La piété entretenait sa charité. Sur le territoire même de Pouy s’élevait un célèbre sanctuaire, où l’on vénérait, de toute antiquité, une statue miraculeuse de la Vierge. C’était la chapelle de Notre-Dame de Buglose, lieu de pèlerinage pour toutes les populations des Landes et des Pyrénées. Les protestants l’avaient incendiée. Mais la destruction de la chapelle avait augmenté la foi des habitants en Marie. Vincent venait prier au milieu des ruines de Buglose, et là il apprenait de bonne heure à aimer Celle qui est au ciel la reine des Anges et sur la terre la consolatrice des affligés. Un vieux chêne aussi lui servait d’oratoire ; le jeune pâtre y avait disposé dans le tronc entr’ouvert un

petit autel rustique : le chêne vit encore; une pieuse dévotion ne cesse d’en emporter les feuilles aussi loin qu’est allé le nom de saint Vincent de Paul.

Jusqu’à douze ans, Vincent garda les troupeaux. Mais de bonne

heure il avait montré de si heureux dons d’esprit, a coté des qualités

du cœur, que son père avait conçu l’ambition, quelque peu intéressée

peut-être, de le faire étudier pour le voir un jour homme d’Eglise.

Les moyens d’éducation abondaient à cette époque. L’Eglise, attentive à tous les besoins, n’avait cessé de répandre autour d’elle l'instruction. Dans presque tous les villages il y avait l’école du presbytère, et à la ville les couvents étaient comme autant de collèges où la jeunesse était formée à la science et à la piété. Un paysan pouvait prétendre pour son fils à l’éducation du noble, et il n’était pas de haute fonction, soit dans l’Église, soit dans l’État, où ne menât le mérite. En dehors des universités, mille maisons d’enseignement s’offraient aux jeunes gens studieux à l’ombre du cloître et de l’église paroissiale : pour les classes élevées il y avait le collège des Jésuites, pour les gens du commun le couvent des Minimes ou des Cordeliers. Dax, la ville la plus proche de Pouy, possédait plusieurs de ces couvents ouverts à l’enseignement. Jean y conduisit son fils et le plaça chez les Cordeliers, qui se chargèrent de l’instruction de l’enfant moyennant soixante livres par an. C’était peu, même en ce temps, pour la pension d’une année ; c’était beaucoup pour le petit revenu des bonnes gens de Pouy. Ils se mirent généreusement à la gêne. Vincent, qui appréciait leurs sacrifices, fit de tels progrès dans les

études, qu’au bout de quatre ans il se rendit capable lui-même de

donner des leçons aux autres. Les maîtres étaient fiers de leur élève, ils parlaient de lui avec avantage, et lui se faisait valoir plus encore par son air de sagesse et de bonté qui frappait tous les regards. M. de Commet, avocat en la cour présidiale de Dax, juge en même temps de la paroisse de Pouy, le voulut pour précepteur de ses deux fils. Vincent avait seize ans; il accepta cette fonction honorable qui allait

lui permettre de continuer ses propres études sans rester à charge

a ses parents.

LA VOCATION

En M. de Commet il trouva plus qu’un bienfaiteur ordinaire. La maison du digne avocat était une de ces bonnes maisons chrétiennes où régnaient les traditions de piété, de bienveillance et de politesse.

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