LES CONFRÉRIES DE LA CHARITÉ
Organisation et développement de la confrérie de la Charité. — Les domaines du seigneur de Gondi. — Première idée de la congrégation de la Mission. — Vincent de Paul devient aumônier royal des galères et supérieur des religieuses de la Visitation. — Saint François de Sales. ■ — • Le cloître et le monde au dix-septième siècle. — Vincent à Marseille. — Son ministère auprès des forçats. — Règlement de la mendicité à Mâcon. — Voyage en Guyenne. — Dernière visite de Vincent à ses parents.
étaché de tout, même du bien qu’il faisait, Vincent de Paul avait quitté Châtillon pour suivre la volonté de Dieu qui le rappelait à Paris. Simple instrument dans les mains de la Providence, il se laissait diriger par elle, sans rien vouloir ni rien entreprendre de lui-même, et ainsi il se trouva toujours prêt à accomplir l’une après l’autre les œuvres de charité pour lesquelles la divine miséricorde l’avait suscité. A Folleville, à Châtillon, il avait jeté, comme en passant, les fondements de deux institutions qui allaient se développer merveilleusement. Les missions attendirent pour s’organiser l’établissement de 1 institut que ^ incent de Paul de\ ait créer quelques années plus tard ; mais, dès le premier joui , les confréries de la charité avaient reçu de la sagesse et de la prévoyance de leur fondateur leur constitution définitive.
Rien de plus simple ni de plus admirable à la fois que cette première institution du saint. Réglementer l’aumône et en assurer la perpétuité, c’est tout le problème de l’assistance des pauvres. Vincent de Paul l’a résolu dans ces confréries de la charité qui tiendraient lieu d’administration publique et de toute autre œuvre de bienfaisance, si elles fonctionnaient partout selon l’esprit et les règles de leur saint instituteur. L’initiative privée en est le principe; l’association en assure l’exercice et la durée. La confrérie prend le riche et le pauvre, elle les rapproche, elle les unit du lien de la charité. La distinction que la société établit entre l’un et l’autre ne subsiste que pour faire du riche le pourvoyeur du pauvre; ou plutôt, il n’y a plus de riches ni de pauvres, il n’y a, selon l’Evangile, que des frères qui s’entr’aident. L’amour du prochain, fondé en Jésus-Christ, réalise la merveille vainement rêvée par le socialisme.
Vincent de Paul commença par enrôler les femmes au service des pauvres. L’association des dames de Châtillon-les-Dombes fut l’origine des confréries de la Charité; les confréries d’hommes ne vinrent qu’après. L’organisation des unes et des autres, toute simple qu’elle soit, est une merveilleuse invention. Partout où il y a des pauvres, les personnes aisées se réunissent en association pour les assister et les servir. La confrérie a ses règles, qui mettent de l’ordre dans l’assistance des pauvres, et ses dignitaires qui assurent l’observation des règles et le recrutement de la compagnie. Chacun des membres pourvoit de son superflu au nécessaire des malheureux, et chacun, à tour de rôle, donne de son loisir pour les servir. Dans la confrérie les pauvres ont une famille qui les aime, un revenu qui suffit à leurs besoins. Tout le génie de saint Vincent de Paul, ce génie fait de bon sens et de bonté, est dans l’établissement de ces confiéiies de la charité, pour lesquelles il avouait, malgré sa grande humilité, n avoir pas eu de modèle. Du premier coup il trouva le moyen de tiiei le meilleur parti des aumônes et de la bonne volonté des pei sonnes charitables. Les règlements de la première confrérie sont les memes qui ont ser\i depuis a toutes les autres; ils n’ont eu besoin que dètie modifiés un peu, selon les lieux et les circonstances.
LES ŒUVRES
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Vincent de Paul avait tout prévu, tout réglé, jusqu’à la manière d’apprêter le manger et de servir la table des pauvres.
Que d’autres villes fameuses montrent avec fierté leurs chartes d’affranchissement et les monuments de leur ancienne indépendance! Châtillon-les-Dombes, la modeste ville de Vincent de Paul, a mieux à
CINQUIÈME ŒUVRE DE MISERICORDE : VISITER LES MALADES D’après Abraham Bosse, dix-septième siècle.
Saint Vincent allait visiter les malades dans les hôpitaux, et c’est une œuvre qu’il fit constamment pratiquer par les dames des confréries de la charité et par les Filles de la charité.
offrir au monde que d’orgueilleux témoignages de liberté; elle possède la première de ces admirables chartes de la charité, qui auraient pu faire de chaque ville et de chaque village comme une seule maison, et de tout l’État une seule grande famille. En voici le préambule :
« Comme ainsy soit que la charité envers le prochain soit une marque infaillible des vrays enfans de Dieu, et qu’ung des principaulx actes d icelle soit de visitter et nourrir les pauvres malades, cella faict que quelques pieuses damoizelles et quelques vertueuses bourgeoises de la ville de Chastillon-lez-Dombes, dioceze de Lyon, désireuses d’obtenir ceste miséricorde de Dieu d estre de ses vrayes tilles, ont convenu par ensemble d’assister spirituellement et corporellement
Fac-similé de la conclusion du « Règlement de la Confrérie de Charité de Chat illon-les-Dombes [Ain).
O/ Ce règlement est écrit tout entier de la main de saint Vincent.
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