‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 39 sur 236 · ÉGLISE ET PLACE DE CHATILLON-LES-DOMBES ( A I N · texte numérisé non relu

ÉGLISE ET PLACE DE CHATILLON-LES-DOMBES ( A I N

Saint Vincent y fut curé, et c’est là qu’il établit la première des Confréries de Charité , qui devinrent si nombreuses dans la suite. Il habitait la maison à trois étages que l’on voit représentée au fond de la place, à droite de la petite fontaine. - Etat actuel d’après une photographie exécutée par les soins de M. le curé de Châtillon-les- Dombes.

famille réduite à la misère et en proie à la maladie, qui habitait à une demi-lieue de la ville. Le prédicateur change aussitôt de sujet, et il se met à parler de l’assistance et des consolations que l’on doit aux pauvres, surtout aux malades. Ses paroles furent si tendres, si persuasives, qu’au sortir de l’église beaucoup de personnes s’empressèrent de porter à ces pauvres gens toute sorte de provisions. Et, allant lui-même après vêpres à la chaumière, il eut une douce surprise de rencontrer un si grand nombre de ses paroissiens occupés à mettre en action ses paroles. Mais, à la vue des uns et des autres qui allaient et venaient par groupes, le tendre pasteur pensait en lui -même : « Voilà une grande charité qu’ils exercent, mais elle n’est pas bien réglée. Ces pauvres malades auront trop de provisions à la fois, dont une partie sera gâtée et perdue, et puis après ils retomberont en leur première nécessité. » Avec ce sens pratique qui est un des traits de ses œuvres, il avisa immédiatement aux moyens de mettre de l’ordre dans l’assistance des malades, afin qu’à l’avenir ils pussent être secourus pendant tout le temps de leur maladie. Ayant fait part de ses projets à quelques-unes des dames les plus zélées et les plus fortunées de la paroisse, il les réunit en association et leur donna des règles qu’il fit ensuite approuver de l’autorité ecclésiastique; et ainsi commença la confrérie de la charité pour l’assistance corporelle et spirituelle des pauvres malades. Cette première association devint la providence de Châtillon ; elle sauva la ville tour à tour de la famine et de la peste. Le saint avait promis aux sœurs associées que si elles étaient fidèles à leurs devoirs, les pauvres leur manqueraient plutôt que les ressources. Quarante ans après, Vincent de Paul apprenait d’un de ses premiers convertis que, dans Châtillon, l’association de la Charité des servantes des pauvres était toujours en vigueur, et, dit un témoin oculaire, (( il serait difficile, impossible peut-être, de rapporter tous les biens que la confrérie a produits, toutes les conversions dont elle a été la source, tous les secours qu’en ont reçus les pauvres. »

Six mois à peine avaient suffi à Vincent de Paul pour ramener la piété et les bonnes mœurs à Châtillon-les-Dombes, et pour y jeter les fondements d une association charitable qui devait bientôt couvrir le

LA VOCATION

royaume. Ce n’était plus assez pour son zèle que d’entretenir le bien déjà fait : un autre pouvait lui succéder dans cette tâche. L’humble curé ne songeait pas cependant à quitter la paroisse que la Providence lui avait confiée, et où il trouvait tant à s’occuper pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il y était venu en esprit d’obéissance, il en partit de même.

Le général des galères et madame de Gondi, surtout, n’avaient pu se résigner au départ du précepteur de leurs enfants. A la première nouvelle de sa retraite à Châtillon, madame de Gondi lui avait écrit une lettre éplorée et suppliante, au nom de la charité qu’il avait eue pour son âme, au nom du bien qu’ils faisaient ensemble. Plusieurs fois depuis elle avait renouvelé ses instances, mettant M. de Bérullc dans ses intérêts. Devant Dieu, Vincent de Paul croyait de son devoir de rester à Châtillon. Loin de se décourager par les premiers refus de son ancien directeur, la pieuse dame redoubla de sollicitations auprès de lui pour l’engager à rentrer dans sa maison. A la fin, elle lui envoya M. du Fresne, avec des lettres de son mari, de ses enfants, de ses proches, de son beau-frère, le cardinal de Retz, évêque de Paris, de M. de Bérulle enfin, et elle lui écrivit elle-même d’une manière plus pressante que jamais. Ébranlé par ces démarches, ému des paroles de son ami, Vincent, qui ne cherchait en tout que l’ordre de la Providence, avoua « qu’il commençait à douter si Dieu voulait se servir plus longtemps de lui en ce pays-là. » L’avis du P. de Bencc, supérieur de l’Oratoire de Lyon, à qui il devait la cure de Châtillon, le décida à revenir à Paris.

Les adieux de Vincent furent simples et touchants. « Lorsque la Providence, dit-il à ses chers paroissiens, m’a conduit à Châtillon, je croyais ne devoir vous jamais quitter. Mais puisqu’il semble qu’elle en ordonne autrement, respectons, vous et moi, et suivons ses saintes décisions. De loin comme de près, vous me serez toujours présents dans mes prières; de votre côté, n’oubliez pas ce misérable pécheur. « A ces mots, les larmes coulent de tous les yeux, les sanglots éclatent; bientôt la consternation se répand dans la ville à la nouvelle que le saint va partir. « Nous perdons tout, nous perdons 1 homme de Dieu,

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nous perdons notre père. » C’était le cri général parmi les catholiques, et les protestants leur répondaient : « Vous perdez votre soutien et la meilleure pierre de votre religion. » Vincent regrettait surtout ses chers pauvres; avant de partir, il leur distribua son petit avoir, ses provisions, son linge, ses vêtements, tout, jusqu’à son chapeau qu’une vénération ardente pour le saint disputa comme une relique au vieillard qui l’avait reçu. La douleur publique lui fit cortège. Tout le monde pleurait en l’accompagnant, le bon curé aussi. Le peuple criait miséricorde, disent les témoins, « comme si la cité eût été prise d’assaut. » — « Mes enfants, répondait le cher pasteur en les bénissant pour la dernière fois, je vous recommande à la grâce de Dieu ! »

Arrivé à Paris le 2 5 décembre 1617, Vincent de Paul conféra sur-le-champ avec le P. de Bérulle, et il fut convenu qu’il rentrerait dès le lendemain dans la famille de Gondi.

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