L. Marillac
Je panse qu’il faudroit faire une grande asemble. La colation de lhotel Dieu sen va osy périr.
Un soir, Vincent de Paul aperçoit aux portes de la ville un mendiant occupé à déformer les membres d’un de ces nouveau-nés, dans le dessein d’exploiter son infirmité. Indigné, il vient à lui : « Ah !
barbare, s’écrie-t-il, vous m’avez bien trompé : de loin je vous avais pris pour un homme. » Et il lui arrache sa victime, l’emporte dans ses bras, traverse Paris en faisant appel à la pitié des passants, et, suivi de la foule, il le porte à la Couche Saint- Landry. Une femme veuve, avec deux servantes seulement, administrait la maison. Les enfants, trop nombreux, étaient mal soignés, mal nourris. La plupart mouraient dans le premier âge et quelques-uns sans baptême. Souvent ils servaient à d’indignes trafics. La cupidité des servantes les livrait pour quelque argent à des bateleurs, à des gueux qui venaient soi-disant les réclamer et qui se servaient d’eux pour leurs ignobles professions, d’autres fois à des spéculateurs qui les introduisaient dans les familles pour troubler l’ordre des successions, ou même aux entrepreneuses de débauche. Quand ces pauvres petits êtres n’étaient pas l’objet de ces odieux commerces, ils passaient aux mains de nourrices criminelles dont l’industrie était de les faire mourir promptement. Vincent de Paul entrevit ces horreurs et son cœur en fut ému. Toutefois, sage jusque dans les ardeurs les plus vives de sa compassion,