‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 102 sur 122 · Lettre du II février · texte numérisé non relu

Lettre du II février

176 SAINT V1M.KNT ))K PAUL.

de Dieu, il est bon de cacher le Becret du roi. » C'est pinces qualités et en suivant de tels principes, que Vincent de Paul fut regardé comme l'homme le plus sage et comme l'oracle de sou siècle. Pendant toute sa vie, Saint- Lazare fut à la fois une sorte de concile permanent, un conseil d'État, un tribunal de direction, un grand bureau de charité. Hommes d'Église et hommes du monde, tous y venaient consulter sa sagesse : princes et évêques, magistrats et curés, abbés et religieux. Qu'il s'agît des intérêts de Dieu ou de ceux du roi, du bien d'un diocèse ou d'un désordre social, de la paix à rétablir dans un monastère ou dans une famille, d'une œuvre à entreprendre ou à réformer : rien ne se commençait, ne se faisait que sur son avis et sous sa direction. Hommage universel rendu en même temps à sa vertu et à sa prudence !

Cet homme, toujours prêt à s'accuser des prétendues fautes commises dans la direction de ses Missionnaires ou des Filles de la Charité, ne s'est jamais rien reproché, que nous nous souvenions, de sa conduite au conseil de conscience, tant il y portait de maturité, de pureté d'intention et de courage. Lent à réfléchir, à examiner les choses, à se décider, son parti une fois pris, il marchait ferme et droit à l'exécution, sans avoir à se repentir jamais. Car il savait que l'intention seule est au pouvoir de l'homme, et le succès aux mains de Dieu. Or, de son intention pure et sainte il ne pouvait douter, et le succès, quel qu'il fût, ne le troublait jamais, parce qu'il y voyait la volonté de la Providence.

Ainsi va-t-il se montrer dans ses actes ; ainsi l'ont vu tous ses contemporains. Dans sa lettre de 1 706 à Clément XI, Fénelon écrivait : « Dans l'homme de Dieu brillaient un incroyable discernement des esprits et une fermeté singulière. N'ayant égard ni à la faveur ni à la haine des grands, il ne consulta que l'intérêt de l'Église,

lorsque, dans le conseil de conscience, par l'ordre de la i-eine Anne d'Autriche mère du roi, il disait son avis sur le choix des évêques. Si les autres conseillers de la reine eussent adhéré plus constamment à cet homme, à qui l'avenir semblait dévoilé, on eût écarté bien loin de la charge épiscopale certains hommes qui ensuite ont excité de grands troubles A . » Tel était aussi l'avis de Victor Méliand, ancien évêque d'Alet, qui parle en termes semblables de l'invincible fermeté et force d'âme par laquelle l'homme de Dieu, sans se laisser ni séduire par les prières, ni effrayer par les menaces, refusait son suffrage, dans la promotion aux prélatures et aux bénéfices, à tous ceux dont l'indignité iui était connue, quels que fussent leur ordre, leur grade et leur dignité 2. Le siècle rendit sur ce point à Vincent de Paul le même témoignage que L'Église. « C'est l'estime publique, déposa le président de Lamoignon, qui porta la reiue mère à l'appeler dan> son conseil de conscience ; mais cet honneur ne l'empêcha pas de vivre comme il avait toujours vécu. Dans les occasions difficiles, il parla avec une fermeté digne des apôtres ; toutes les considérations humaines ne purent rengager à dissimuler tant soit peu la vérité, et il ne se servit jamais de la confiance des grands que pour

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