‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 101 sur 122 · Summ., n<> 42, p · texte numérisé non relu

Summ., n<> 42, p

ecclésiastiques. Apprenait-il que la reine lui destinait quelques grâces ? aussitôt il les détournait sur autrui. Quel ne fut pas son effroi, lorsque le bruit se répandit qu'elle voulait demander pour lui un chapeau de cardinal! Plus volontiers il eût écouté sa sentence de mort que les compliments qui lui furent adressés alors par quelques-uns de ses amis. La pourpre romaine eût été vraiment pour son humilité la pourpre du martyre.

Est-il nécessaire d'ajouter que ce désintéressement fut invincible à toute corruption ? Un de ses plus intimes amis vint lui offrir un jour 1 00,000 livres, au nom de quelques personnes, pour obtenir son appui au Conseil en faveur de certaines propositions qui n'avaient rien d'onéreux pour les peuples, mais qui pouvaient blesser les intérêts du clergé. Vincent aurait pu lui dire, comme Pierre à Simon (Act., vin, 20) : « Que ton argent périsse avec toi... car ton cœur n'est pas droit devant Dieu ! » Il se contenta de répondre avec plus de douceur : « Dieu m'en préserve ! J'aimerais mieux mourir que de dire une parole sur ce sujet. »

Désintéressement pour les biens et pour les faveurs ; désintéressement plus difficile peut-être pour la réputation, pour la reconnaissance et pour les amitiés. Non que sa bonté naturelle ne le portât, lorsqu'il le pouvait en concience, à obliger tout le monde, l'homme du plus bas étage aussi bien et mieux que le duc et pair ; mais demandait-on contre les règles ? il opposait un refus inexpugnable comme un mur de fer. En vain la brigue, la cupidité, l'ambition livraient assaut à sa vertu ; sans consulter ni l'espoir ni la crainte, il les écartait impitoyablement, autant qu'il était en lui, du sanctuaire. Longtemps même il lutta contre le ministre, de plus en plus puissant, qui, oubliant son caractère ecclésiastique, pour n'obéir qu'aux calculs de son ambition personnelle ou à

ce qu'il croyait être la raison d'État, voulait se faire des amis, non de l'argent de l'iniquité, suivant le mot de l'Évangile, mais des biens sacrés de l'Église.

Où nous en sommes de cette histoire, on doit trop connaître la vertu et le caractère de Vincent pour qu'il soit besoin de rien ajouter sur sa prudence et sa sagesse, sur toutes les qualités qu'il dut apporter au conseil de la reine. Il ne s'y mêlait que des intérêts de l'Église ou des pauvres, et repoussait toutes les autres affaires, quelque apparence de piété ou de charité qu'on cherchât à leur donner *. Sans passion autre que l'amour de Dieu et du bien de l'État, sans préjugés, sans aucune de ces émotions et de ces saillies qui blessent les personnes et gâtent les affaires, il gardait toujours dans son âme, dans ses gestes, dans ses paroles et jusque sur son visage, ce calme, cette sérénité qui, à l'épreuve de la bonne comme de la mauvaise fortune, laissent à l'esprit la liberté lucide de la réflexion, gagnent les cœurs et les entraînent, sans qu'ils s'en doutent, au parti du vrai et du bien. Ferme ensemble et docile, il était inébranlable dans sa conscience et toujours prêt à céder à un avis meilleur. Qu'on se rendît au sien ou qu'on y résistât, jamais de plaintes ni d'invectives. Content d'avoir fait son devoir, il se taisait après la décision, laissant à Dieu la gloire du bien, et s'en remettant à sa Providence du succès des affaires. S'il se taisait au dedans, à plus forte raison en dehors du conseil. Jamais un mot, pas même à ses plus intimes, de ce qui s'y était passé, ni des résolutions qu'on y avait prises. De retour à Saint-Lazare, il semblait être sorti de la cellule muette d'un chartreux, non du conseil bruyant de la royauté. Avec l'ange de Tobie, il 6e disait toujours: « S'il est honorable de révéler et de confesser les œuvres

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