Conl*. du 18 octobre 165k
EXPLICATION DFS REGLES. 304
« D'abord on a jugé à propos, mes filles, que le nom de confrérie ou société vous demeurât, et, comme vous venez de l'entendre lire, Monseigneur l'archevêque l'a ainsi ordonné, par la crainte que, si on vous eût donné à la place le nom de congrégation, il ne s'en trouvât parmi vous, dans le temps à venir, qui voulussent changer la maison en cloître et se faire religieuses, comme ont fait les Filles de Sainte-Marie *.
1 . Un mot pour expliquer les perpétuelles allusions du saint aux Filles de Sainte-Marie. La première pensée des Filles de la Charité était venue à saint François de Sales. Lorsqu'il songeait à jeter, avec sainte Chantai, les fondements de son ordre de la Visitation, il voulait que ses Filles ne fussent point assujetties à la clôture, qu'elles sortissent au dehors pour le service des malades et des pauvres, alliant ainsi la vie de Marthe à celle de Marie, les œuvres extérieures de la charité au repos de la contemplation. « Mon dessein, disait-il plus tard, avait toujours été d'unir ces deux choses par un tempérament si juste, qu'au lieu de se détruire elles s'aidassent mutuellement, que l'une soutînt l'autre, et que les sœurs, en travaillant à leur propre sanctification, procurassent en même temps le soulagement et le salut du prochain. » Mais son ami de Marquemont, archevêque de Lyon, crut que, pour établir le nouvel institut sur des fondements solides, il fallait absolument ordonner la clôture, prescrire des vœux solennels, et ériger la congrégation en ordre religieux. « Actuellement, disait-il, on ne saurait désirer plus de ferveur ; mais telle est la faiblesse et l'inconstance humaines, qu'on ne peut espérer une persévérance durable dans un état où la nature soulFre et est mal à l'aise ; qu'il y a, au contraire, tout à craindre que la liberté de sortir n'introduise la dissipation et le relâchement, peut-être même la licence et le désordre, et que les vœux sitnples ne soient pas des liensassez forts pour arrêter le penchant naturel vers le changement. » François, le plus doux et le plus docile des hommes, sacrifia son premier plan aux conseils de l'archevêque, ce qui, dans la suite, lui faisait dire avec son agrément ordinaire : ■ On m'appelle le fondateur de la Visitation : est-il rien de moins raisonnable ? J'ai fait ce que je ne voulais pas faire, et j'ai défait ce que je voulais faire *. »
Mais l'Église devait s'enrichir ainsi d'un nouvel ordre religieux,
i. Vie de saint François de Sala», par M. (Hamoq , curé do Saint-Snlpice, t. II, p. 71
« Dieu a permis que de pauvres filles succédassent à ces daines ; et comme il est à craindre qu'avec le temps il ne se trouve quelque esprit mal fait qui voulût apporter du changement en votre Compagnie, soit dans vos habits ou dans vos manières de vie, dans votre coiffure, par exemple, disant : « Quoi ! être coiffée de la sorte pour aller voir les pauvres ! en vérité, c'est ridicule ; il nous faudrait une autre coiffe et un mouchoir de cou pour nous mieux couvrir ! » O mes filles, si on voulait jamais vous persuader semblables choses, rejetez-les bien loin de vous, et répondez hardiment que vous voulez avoir la couronne que Dieu avait promise aux Filles de Sainte-Marie. Ne consentez jamais à changement quelconque, et regardez toute proposition qu'on vous en ferait comme un poison capable de vous perdre. Dites toujours, et aimez à le dire, que le nom de Société ou de Confrérie vous est demeuré, afin que vous soyez stables dans le premier esprit que Dieu vous a donné dès son berceau. Oh ! je vous en conjure par toutes les affections de mon cœur. Dans les commencements, les religieux de saint François faisaient comme vous et gagnaient leur vie. Un certain jour, saint Fret ms. ravi u admiration des grandes bénédictions que Diw répandait sur son ordre, le diable lui apparut et lui dit : « Je renverserai ton ordre, j'y mettrai des gens de condition et des gens savants qui le renverseront et y aboliront toutes les bonnes maximes qui y sont observées » ; et, en effet, il a fallu toujours réformer cet ordre. C'est ce qui vous fait voir, mes filles, que là où doit s'observer
sans que les pauvres y perdissent rien. Admirable économie de la Providence! C'est Vincent que François de Sales chargea, nous le venons, de diriger la Visitation de Paris, et c'est Vincent qui reprit le projet de François de Sales — et avec quel succès ! — clans l'institution des Filles de la Charité I
une véritable pauvreté, les gens de condition sont trèsdangereux, parce que cette pauvreté est très-contraire à leur naissance.
« Je sais cependant qu'il y en a déjà parmi vous quelques-unes de cette extraction, mais je sais aussi qu'elles remplissent très-bien leur devoir. Dieu en soit béni ! Du reste, mes filles, n'en recevez jamais, si elles n'ont bonne volonté de vivre selon les règles et maximes de votre Compagnie 4.
« Vos statuts disent encore que vous serez une confrérie qui portera le nom de Sœurs de la Charité, servantes des pauvres malades... Oh ! le beau titre, mon Dieu, le beau titre, la belle qualité! 0 mes filles, qu'avezvous donc fait pour Dieu, pour mériter le titre glorieux de servantes des pauvres ? Oh ! c'est autant que si l'on disait servantes de Jésus-Christ, puisqu'il répute fait à lui-même tout ce qui est fait à ses membres. Il n'a d'ailleurs fait autre chose que de servir les pauvres. Conservez donc, mes filles, conservez avec soin le beau titre qu'il vous donne ; il est le plus beau et le plus avantageux que vous puissiez jamais avoir.
« Je ne sais si je vous ai dit quel est le titre ou la qualité que prend le pape : la plus belle et la plus vénérable dont il se sert dans l'expédition des affaires importantes, est celle de serviteur des serviteurs de Dieu. Il signe Clément ou Urbain... serviteur des serviteurs de Dieu ; et vous, mes filles, vous signerez : servantes des pauvres malades, qui sont les bien-aimés de Jésus- Christ.
« Lorsque saint François donna sa règle, il prit le nom de Mineur qui veut dire petit. Or, si ce grand patriarche s'est dit petit, ne devez-vous pas tenir à grand
i. Conf des 1" et 8 août 1G55.
honneur de l'imiter et de vous dire les servantes des pauvres 1 ?
« ... Oh! que vous êtes heureuses, mes filles, que Dieu vous ait destinées à un si grand et si saint emploi ? Les grands du monde se croient heureux lorsqu'ils peuvent y employer une partie de leur temps, et vous êtes témoins, vous particulièrement, nos sœurs de Saint- Sulpice, avec quel zèle et quelle ferveur servent les pauvres ces bonnes princesses et ces grandes dames que vous accompagnez. 0 mes filles, que vous devez estimer votre condition, puisque tous les jours et à toutes "les heures vous avez l'occasion de pratiquer les œuvres de charité, qui sont les moyens dont Dieu s'est servi pour sanctifier plusieurs âmes ! Un saint Louis, mes filles, avec une humilité vraiment exemplaire, n'a-t-il pas exercé le service des pauvres dans l'Hôtel-Dieu de Paris, ce qui a beaucoup contribué à sa sanctification ? Tous les saints n'ont-ils pas recherché et tenu à bonne œuvre de rendre le même service aux pauvres ? Humiliez-vous donc quand vous l'exercez cette même charité, et pensez souvent, mes filles, que Dieu vous a fait une grâce au dessus de vos mérites. Si c'est pour cette raison que le monde vous chérit et vous honore, combien plus devezvous admirer ce que Dieu fait pour vous ! Je viens de voir la reine, qui m'a parlé de vous très-avantageusement ; sur quoi j'observe, mes filles, comme vous avez sujet de craindre d'être infidèles à Dieu et à ses grâces, si vous ne fuites tous vos efforts pour pratiquer les règles qu'il vous fait donner 2.»
De là, le saint passe à l'explication de la fin de la Compagnie :
« Or, il faut que vous sachiez, mes filles, qu'entre