Conf. du 14 juin i(H
toutes les compagnies qui servent Dieu plus particulièrement, chacune a sa fin principale , comme dans un royaume chaque profession a son office particulier.
« Les chartreux, par exemple, ont pour fin principale une grande solitude... une continuelle prison pour l'amour de Jésus-Christ ; les capucins, la pauvreté de Notre-Seigneur qu'ils pratiquent dans leurs habits, leur chaussure et le reste ; les carmélites, une grande mortification, pour plaire à Dieu, pour faire pénitence et pour prier pour l'Église ; les Filles de l'Hôtel-Dieu, le salut des pauvres malades.
« Vous, mes filles, vous vous êtes données à Dieu principalement pour être bonnes chrétiennes, pour être bonnes Filles de la Charité, pour assister les pauvres malades, non quelques-uns et en une maison seulement, comme celles de l'Hôtel-Dieu, mais les allant trouver en leur maison et les assistant tous avec grand soin, comme faisait Notre-Seigneur, sans acception, car il assistait tous ceux qui avaient recours à lui. Ce que Dieu voyant, il a dit : « Ces filles me plaisent, elles se sont bien acquittées de cet emploi, je veux leur en donner un second », et c'est celui de ces pauvres enfants abandonnés, qui n'avaient personne pour prendre soin d'eux. Et comme il a vu que vous aviez embrassé ce second emploi avec charité, il a dit : « Je veux leur en donner encore un autre » ; oui, mes filles, et Dieu vous l'a donné sans que vous y eussiez pensé, ni mademoiselle Le Gras, non plus que moi. Mais quel est cet autre emploi? C'est l'assistance des pauvres forçats. 0 mes filles, quel bonheur pour vous de les servir, eux qui sont abandonnés entre les mains de personnes qui n'en ont aucune pitié ! Je les ai vus, ces pauvres gens, traités comme des bêtes. Un autre emploi qu'il a voulu vous donner encore est celui
d'assister ces pauvres vieillards au Nom de Jésus et ces pauvres gens qui ont perdu l'esprit4. Quel bonheur et quelle grande faveur ! Vous savez, mes filles, que Notre- Seigneur a voulu éprouver en sa personne toutes les misères imaginables ; car l'Écriture dit qu'il a voulu passer pour scandale aux Juifs et folie aux gentils, afin de vous montrer que vous le pouvez servir dans tous les pauvres affligés. Il faut donc que vous sachiez qu'il est en ces pauvres exténués, privés de la raison, comme en tous les autres pauvres, et que vous disiez, quand vous les allez voir : « Je vais à ces pauvres pour honorer en eux la sagesse incréée d'un Dieu qui a voulu être traité d'insensé. »
« Voilà donc vos fins, mes filles, jusqu'à présent. Nous ne savons pas si nous vivrons assez longtemps pour voir si Dieu donne de nouveaux emplois à la Compagnie ; mais nous savons bien que, si vous vivez conformément à la fin que Notre -Seigneur demande de vous, si vous vous acquittez comme il faut de vos obligations, tant pour le service des pauvres que pour la pratique de vos règles, oh ! Dieu bénira de plus en plus vos exercices et vous conservera.
« Pour arriver à votre fin, il faut vous demander souvent à vous-mêmes, à l'exemple de saint Bernard : « Pourquoi Dieu a-t-il institué la compagnie des Filles de la Charité? Pourquoi m'y a-t-il appelée? » Et puis vous répondre : a Pour honorer Notre-Seigneur, pour lui rendre service en la personne des pauvres, et pour faire tout ce à quoi Dieu a résolu de m'employer. »
a C'est ainsi qu'il faut vous comporter pourêtre bonnes Filles de la Charité, et pour aller partout où Dieu voudra, et partout où l'on vous demande, soit en Afrique, soit