‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 97 sur 122 · MORT DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XIII

rien changer à la conduite des affaires : en effet, il n» devait pas survivre six mois à son ministre. Sa santé, toujours frêle, surtout depuis le siège de Perpignan, s 'affaiblissait de plus en plus, et, après quelques intervalles de :etour dans les derniers mois de 1642, elle retomba dans une langueur d'où elle ne se put relever. Dès la fin de février 1643, une fièvre lente, une insommie continuelle, un dégoût extrême de toute nourriture achevèrent de la miner. Un mois après, au milieu des flatteries des médecins, le roi s'aperçut le premier de l'inutilité de leurs remèdes et de la vanité de leurs espérances. Le 27, il dit à Bouvart, le premier d'entre eux : « Je sens bien que je m'en vais. J'ai demandé à Dieu cette nuit que si c'était sa volonté de me tirer de ce monde, il me fît la grâce d'abréger la longueur de ma maladie. » Bouvart dut faire l'aveu terrible : « Je n'en suis pas surpris, répliqua le roi, je m'y étais bien attendu. »

Après avoir réglé la régence , il ne songea plus qu'à mourir en roi très-chrétien. Son confesseur, le fameux Père Sirmond, venait de quitter la cour. Ses quatrevingt-cinq ans et sa surdité expliquent assez sa retraite, sans qu'on doive recourir à des raisons politiques. Il eut pour successeur le Père Jacques Dinet, qui arriva, vers le milieu du mois de mars, au vieux château de Saint- Germain. Le roi lui fit une confession générale de toute sa vie, consulta en sa présence Mazarin et le secrétaire d"État Des Noyers sur quelques cas de morale gouvernementale, et communia avec piété le jour de l'Annonciation.

Ce n'est pas, on le voit, par répulsion pour le P. Dinet, que Louis XIII, dans ce moment suprême, voulut appeler d'autres prêtres ; ce fut seulement pour multiplier autour de lui les consolations et les encouragements de

religion. Outre Cospéan, évêque de Lisieux, et l'évêque

de Meaux, son premier aumônier, il demanda Vincent de Paul. Anne d'Autriche, admirable en ces derniers jours pour un époux qui l'avait souvent dédaignée, et pleine de vénération et de confiance pour le saint prêtre, lui avait, sans doute, suggéré ce dernier choix. C'était vers la fin d'avril. Vincent se rendit à Saint-Germain, et, abordant le roi, il le salua par ces paroles de l'Écriture (Eccli., i, 13) : Timenii Dominum bene erit in extremis ; et le pieux monarque, nourri de la lecture du livre divin, acheva lui-même le verset : Et in die defunctionis suœ benedicetur. A cette époque, il y eut dans l'état du roi ce mieux trompeur qui précède toujours la mort, et Vincent, que ses affaires avaient rappelé à Paris, ne retourna pas le jour suivant à Saint-Germain. Mais, trois jours avant sa mort, le roi le fit rappeler, et Vincent resta auprès du prince jusqu'à son dernier soupir. Malgré la certitude de sa fin prochaine, Louis XII I faisait des plans de gouvernement chrétien. Il voulait avant tout travailler à la conversion des protestants et bien pourvoir les bénéfices ecclésiastiques :« Oh! monsieur Vincent, disait-il alors, si Dieu me rend la santé, je ne nommerai personne à l'épiscopat qui n'ait passé trois ans avec vous 4. »

Mais il revenait bientôt à la pensée de la mort, et il demandait à Vincent quelle était la meilleure manière de s'y préparer. « Sire, repondit le saint, c'est d'imiter celle dont Jésus-Christ se prépara à la sienne, et de se soumettre entièrement et parfaitement, comme il fit, à la volonté du Père céleste : Non mea voluntas,sed tua fiât! — 0 Jésus, reprenait le religieux monarque, je le veux aussi de tout mon cœur. Oui, mon Dieu, je le dis et le veux dire jusqu'au dernier soupir de ma vie : Fiat volun-

i.Conf, du 21 octobre 16i3.

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