MORT DE LOUIS XIII
tas tua! » Puis il parlait gaiement de son dernier 'voyage. 11 faisait ouvrir les fenêtres de sa chambre du jcôté de Saint-Denis, et, à la vue des tours de la basilique, il disait eu souriant : « Voilà où je serai bientôt et où je demeurerai longtemps. Mon corps sera bien ballotté, car les chemins sont mauvais. » Et, sûr de sa fin prochaine, il ne crut plus devoir surmonter son dégoût pour la nourriture. Néanmoins, il en eut des scrupules, et, faisant signe à notre saint : « Monsieur Vincent, lui dit-il, les médecins me pressent de prendre de la nourriture ; j'ai refusé, car aussi bien il faut que je meure : que me conseillez-vous ? — Sire, répondit Vincent, les médecins ont toujours entre eux cette maxime de faire prendre de la nourriture aux malades tant qu'il leur reste quelque souffle de vie, espérant toujours un retour de santé. Voilà pourquoi, s'il plaît à Votre Majesté, vous ferez bien d'en prendre. » Et le roi, appelant Seguin, se fit apporter un bouillon. Mais, aussitôt après, tendant son bras au médecin : « Seguin, lui dit-il d'une voix ferme, tâtez mon pouls, et dites-moi, je vous prie, combien j'ai encore d'heures à vivre ; mais tâtez bien, car je serai bien aise de le savoir au vrai. » Seguin tâta quelques instants en silence; puis il répondit froidement : « Sire, Votre Majesté peut avoir encore deux ou trois heures tout au plus.» Alors, joignant les mains et regardant le ciel, le prince s'écria sans montrer d'altération : « Eh bien, mon Dieu, j'y consens, et de bon cœur ! » Et, tendant de nouveau du côté de Vincent son bras faible et amaigri : « Voyez, monsieur Vincent, lui dit-il, est-ce le bras d'un roi? Vous voyez ce que c'est que des rois aussi bien que des autres hommes ! » Bouvartlui prit le bras à son tour et lui dit : « Sire, si ma conjecture ne me trompe pas, l'âme de votre Majesté sera bientôt délivrée des liens du corps, car je ne lui trouve plus de pouls. — Mon Dieu,
s'écria le monarque, recevez-moi à miséricorde ! » Et les prières des agonisants commencèrent, auxquelles il ( répondit d'une voix faible et mourante. Quelques instants après, il expirait dans les bras du P. Dinet et de Vincent de Paul.
On venait de faire retirer la reine qui, jusqu'à ce dernier moment, était restée dans la ruelle à prier Dieu. Vincent l'alla consoler, et il revint à Paris ordonner des prières pour elle et pour le roi défunt. Dès le lendemain, un service solennel était célébré dans l'église de Saint- Lazare, et tous les prêtres de la Mission, reconnaissants des aumônes que le prince leur avait léguées par testament pour les pauvres gens de la campagne, offraient le saint sacrifice pour le repos de son àme. Après quoi, le même jour, vendredi 15 mai 1643, lendemain de l'Ascension, Vincent écrivait à Godoing, supérieur de la Mission à Rome : a II a plu hier à Dieu de disposer de notre bon roi, le jour même où il a commencé son règne, il y a trente-trois ans. Sa Majesté a désiré que j'assistasse à sa mort avec Messeigneurs les évêques de Lasieux et de Meaux, son premier aumônier, et le R. Père Dinet, son confesseur-. Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu'il m'a fait commander de l'aller voir, et, comme il allait mieux, je n'y suis pas retourné le jouisuivant. Il m'a fait réclamer il y a trois jours, pendant lesquels Notre- Seigneur m'a fait la grâce de rester auprès de lui. Je n'ai jamais vu une plus grande élévation à Dieu, une plus grande tranquillité, une plus grande crainte des moindres actions qui peuvent être péchés, une plus grande bonté ni un plus grand jugement en une personne d'un tel état. Avant-hier, les médecins, l'ayant vu endormi et les yeux tournés, craignirent qu'il n'allât. expirer et le dirent au père confesseur, qui l'éveilla tout