Saint Vincent de Paul
ÉTAT DU CLERGÉ ET DE L'ÉDUCATION EC CLÉS IA STI QU E EN FRANCE AVANT SAINT VINCENT DE PAUL-
Décadence des institutions d'éducation ecclésiastique. Le concile de Trente.
Les nombreuses Missions auxquelles Vincent de Paul appliqua les siens avant et après l'établissement de son institut, lui firent bientôt comprendre la nécessité dune réforme plus radicale que la réforme des peuples. En étudiant les causes de l'ignorance et de la corruption des troupeaux, il reconnut aussitôt qu'il les fallait reporter à l'ignorance et à la corruption môme des pasteurs. Alors que pouvait être, que pouvait durer la guérison des membres, si le mal, quelques jours après le palliatif d'une mission, leur devait encore découler des chefs ? Et l'eau momentanément purifiée du ruisseau n'allaitelle pas être de nouveau infectée par une source corrompue ?
C'était donc à la source, à la tête qu'il fallait porter remède. Et, en eilet, Vincent et ses prêtres, dans leurs u. 1
b SAINT VINCENT DE PAUL.
missions, réunissaient, autant que possible, les curés et les vicaires, et, dans des conférences sur les devoirs de leur état, ils tâchaient de les rendre dignes de leur vocation et capables de garder et d'achever l'œuvre de la con-
; version de leurs peuples. Car, disait Vincent, « comme les conquérants mettent de bonnes et fortes garnisons dans les places qu'ils ont prises pour les conserver ; ainsi les Missionnaires, après avoir retiré les âmes de la
■ puissance de Satan, doivent aussi travailler, autant qu'il est en eux, pour faire en sorte que les paroisses soient remplies de bons curés et de bons prêtres, qui conservent les peuples dans les bonnes dispositions qu'on leur aura procurées par les missions ; et, faute de cela, il est presque inévitable que le diable, qui a été chassé de ces lieux, n'en reprenne possession, n'y trouvant personnne qui s'oppose à ses malheureux desseins 4. »
Mais Vincent dut reconnaître encore bientôt qu'il était fort difficile, sinon impossible, de ramener à la science et à la pratique de leurs devoirs les prêtres vieillis dans les fonctions sacrées, et qu'il n'y avait de salut pour l'Église et les peuples que dans la formation d'un sacerdoce nouveau.
Or, de tant d'institutions d'éducation ecclésiastique nées de l'esprit chrétien des premiers temps : l'école des catéchistes d'Alexandrie, l'école des prêtres d'Émesse ou de Nisibe, le séminaire de Saint- Augustin, les écoles monastiques de Gassien et de Saint-Benoît ; de tant d'autres institutions nées de l'impulsion de Charlemagne, d'où sortirent tant de prêtres éminents en science et en sainteté, les Albert le Grand, les saint Bonaventure, les saint Thomas, rien presque ne restait plus au commencement du xvie siècle, et le protestantisme allait disper-