DÉCADENCE DES INSTITUTIONS, ETC
ser ou gâter le peu qui subsistait encore. En dehors de quelques écoles de couvents, qui avaient souffert ellesmêmes de la décadence générale, et qui, d'ailleurs, étaient généralement fermées au clergé séculier, il n'y avait plus que quelques académies fameuses de France et d'Italie, plus nuisibles peut-être qu'utiles au bien général du clergé. En effet, par l'honneur et la fortune qu'elles assuraient à leurs gradués, elles avaient accaparé toute l'éducation ecclésiastique. Mais l'ambition seule y poussant ordinairement les jeunes clercs, ils perdaient dans les voyages et dans le séjour des grandes villes la piété d'une première éducation chrétienne, et ne puisaient pas la piété sacerdotale à ces sources exclusives de science théologique. D'un autre côté, ces grandes écoles, qui avaient étouffé toutes les autres sous leur ombre, ne pouvant être fréquentées, à cause des frais qu'elles nécessitaient, que par les gens de condition ou de fortune, la petite bourgeoisie et le peuple, où se recrute ordinairement le sacerdoce, étaient privés de tous moyens d'éducation ecclésiastique.
Aussi, quand saint Ignace songea à rendre à l'Eglise sa première beauté, il ne trouva plus, pour ainsi dire, vestige de séminaires; et, quand le concile de Trente formula son décret, il parut proclamer chose nouvelle. Les Pères de Bâle, les derniers, avaient fait quelques efforts en faveur de l'éducation cléricale; mais les tendances schismatiques de leurs dernières sessions les rendirent indignes d'achever cette grande œuvre. Gomme tout le rei comme la définition dernière du dogme chrétien, comme le renouvellement de la discipline de l'Église, elle était réservée à ce grand et saint concile de Trente, d'où est sorti le catholicisme des temps nouveaux, fort et pur comme aux premiers jours, et à jamais garanti contre toute attaque d'une hérésie sérieuse.
Déjà Ignace, après avoir combattu le protestantisme, ce qui était proprement sa mission, et travaillé au maintien et à l'extension de l'Église, s'était tourné vers l'éducation de la jeunesse, une de ses gloires, et, au centre même du catholicisme, il avait fondé le collège germanique, dont les disciples devaient aller ensuite répandre la vérité au centre même de l'erreur. En 1556, le cardinal Polus, ami d'Ignace, dans un projet de réforme pour l'Église d'Angleterre, avait introduit un plan de séminaire calqué sur celui du collège allemand. C'est lui qui fit au concile la proposition d'un décret en ce sens, et, appuyé par Charles Borromée, un autre ami d'Ignace, il obtint le décret de 1563. Voici ce décret mémorable, principe d'une réformation perpétuelle de l'Église par elle-même :
« Comme les jeunes gens, disent les Pères du concile, s'ils ne sont bien élevés, sont enclins à suivre les voluptés du monde ; et comme si, dès leurs plus tendres années, ils n'ont été formés à la piété et à la religion avant que les habitudes des vices les possèdent entièrement, ils ne peuvent jamais parfaitement, et sans un secours trèsgrand et tout particulier du Dieu tout-puissant, persévérer dans la discipline ecclésiastique, le saint concile ordonne que toutes les églises cathédrales, métropolitaines, et autres supérieures à celles-ci, chacune selon la mesure de ses facultés et l'étendue de son diocèse, soient tenues de nourrir, élever religieusement et instruire dans la discipline ecclésiastique un certain nombre d'enfants de leur ville et diocèse, ou de leur province, si dans le lieu il ne s'en trouve suffisamment, en un collège que l'évêque choisira près des églises mêmes, ou en un autre lieu convenable. Dans ce collège, on ne recevra aucun enfant qui n'ait au moins douze ans, et ne soit né d'un légitime mariage -, qui ne sache convenablement lire et