‹ Saint Vincent de PaulChapitre 113 sur 159 · Leilre à Codoing, à Rome, du 20 mars 1G · texte numérisé non relu

Leilre à Codoing, à Rome, du 20 mars 1G

plus dangereuses qui ait jamais troublé l'Église, et que je suis obligé très-particulièrement de bénir Dieu et de le remercier de ce qu'il n'a pas permis que les premiers et les plus considérables d'entre ceux qui professent cette doctrine, que j'ai connus particulièrement, et qui étaient de mes amis, aient pu me persuader leurs sentiments. Je ne vous saurais exprimer la peine qu'ils y ont prise, et les raisons qu'ils m'ont proposées pour cela ; mais je leur opposais entre autres choses l'autorité du concile de Trente, qui leur est manifestement contraire ; et voyant qu'ils continuaient toujours, au lieu de leur répondre, je récitais tout bas mon Credo ; et voilà comme je suis demeuré ferme en la créance catholique 4. »

Quand il se croyait obligé de joindre la punition aureproche, il procédait encore par degrés, et se contentait d'abord d'envoyer dans une autre maison ceux de ses prêtres qui soutenaient les nouvelles doctrines, ou se plaisaient à s'en entretenir. C'est ainsi qu'il écrivait à Lambert, un de ses Missionnaires de Pologne, le 12 avril 1652: v Pour ce que M. Gellis, dans un entretien des ordinands, s'était arrêté sur ces matières, je le priai instamment de ne plus le faire ; mais n'ayant pu gagner cela sur lui, nous l'avons envoyé à Grécy, pour l'éloigner des occasions de s'emporter comme il faisait en toutes rencontres. M. Damiens, qui avait commencé d'enseigner la théologie à nos écoliers, et qui en quelques leçons en avait dit quelque chose, nous a aussi obligés de Fôter de cet emploi. J'ai pareillement humilié nos écoliers làdessus, et tiendrai la main à ce qu'aucun ne prenne l'essor, étant vrai ce que vous dites, que c'est un grand mal à une communauté qui se trouve divisée en ses sentiments. »

On voit que sa principale attention était de donner des

1. Extrait d'une lettre de Gaset, le prêtre même auquel ces paroles furent adressées, Summ., n° 2t, p. 50.

maîtres sûrs à la jeunesse. Un professeur de Saint-Lazare, nommé Guilbert, ne faisait jamais, au sujet des nouvelles doctrines et des décisions pontificales, que des professions de foi entortillées. Vincent le fit descendre de sa chaire. En vain ses écoliers multiplièrent- il s leurs démarches pour l'y faire remonter. Vincent fut inflexible. Ils l'allèrent même visiter en corps pour exercer sur lui une sorte de violence ; ils ne remportèrent qu'une réprimande sévère 4.

Ce qu'il prescrivait auprès de lui, il le prescrivait au loin, à l'étranger comme en France. Marie de Gonzague avait assisté en grande pompe aux funérailles de Saint- Cyran. Devenue reine de Pologne, elle demanda à Vincent quelques-uns de ses Missionnaires. Femme romanesque, et, par conséquent, amie des nouveautés, dirigée d'ailleurs par Fleury, prêtre imbu de jansénisme, elle voulait entretenir les fils de Vincent des nouvelles opinions. Mais ceux-ci, fidèles aux instructions de leur père, s'y refusaient toujours, et Vincent, le 12 avril 1652, les en félicitait en ces termes : «Je remercie Dieu particulièrement de la réponse que vous avez faite à la reine au sujet des questions du temps, et qui est fort à mon gré et selon l'esprit de Dieu. Quoique nous n?aimions point ces nouveautés, j'ai néanmoins exhorté la Compagnie à n'en parler ni pour ni contre. » — « Je loue Dieu, écrivait-il à Get, à Marseille, le 13 octobre 1656, des sentiments que vous me témoignez sur ce que je vous ai mandé de ces messieurs de Port-Royal. Je vous prie de faire en sorte que personne de votre famille n'en ait point d'autres ; et si quelqu'un en avait contre la doctrine commune de l'Eglise, ou disait quelque chose en faveur de la doctrine nouvellement condamnée, de nr'en donner avis

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