‹ Saint Vincent de PaulChapitre 125 sur 159 · MANIERE DE PRECIIER, ETC · texte numérisé non relu

MANIERE DE PRECIIER, ETC

tant d'autres ouvriers qui font mission et qui prêchent excellemment. — Nous n'en avons pas de tels... et si nous affectons d'instruire le pauvre peuple pour le sauver, et non pas de nous faire valoir et de nous recommander, nous aurons assez de talent pour cela, et plus nous y apporterons de simplicité et de charité, plus nous recevrons de grâces de Dieu pour y réussir. Il faut prêcher Jésus-Christ et les vertus comme les apôtres ont fait4. »

D'ailleurs il citait les pauvres résultats de l'éloquence prétentieuse : « Une fois nous fîmes la mission en un lieu pour nous faire considérer à feu M. le premier président de Paris, duquel nous avions à faire. Dieu permit un succès tout contraire, pour ce que la Compagnie y fit paraître, et plus qu'en pas un autre lieu, les pauvretés et les misères de nos esprits, et qu'il fallut que je retournasse après la mission demander pardon à un prêtre à genoux, pour quelque offense qu'un de la Compagnie lui avait faite 2. » Mais ces échecs étaient rares, et Vincent de Paul avait bien souvent à prémunir ses fils contre la vanité du succès : « Prenez garde à la vanité, vous qui allez en mission, vous autres qui parlez en public... Il faut monter en chaire comme sur un calvaire, pour n'en rapporter que de la confusion. Quelquefois et assez souvent l'on voit un peuple si touché de ce que l'on a dit, l'on voit que chacun pleure ; et il s'en rencontre même qui, passant plus avant, vont jusqu'à prononcer ces mots : « Bienheureux le ventre qui vous a portés, et les mamelles qui vous ont allaités » ; nous avons ouï dire de semblables paroles quelquefois. Entendant cela, la nature se satisfait, la vanité s'engendre et se nourrit, si ce n'est qu'on réprime ces vaines complaisances, et qu'on ne

1. Lettre à de Lespinay, à Marseille, des 17 oct. et 26 déc. 1659.

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