‹ Saint Vincent de PaulChapitre 133 sur 159 · ORDRE DES S, ETC · texte numérisé non relu

ORDRE DES S, ETC

Missionnaires dans cet usage de traiter doucement et charitablement le prochain, en public et en particulier, et même les pécheurs et les endurcis, sans jamais user d'invectives, de reproches ou de paroles rudes contre personne. Il faut entrer par la porte des pécheurs et les faire sortir par la nôtre. »

C'était surtout à l'égard des hérétiques qu'il voulait qu'on usât de douceur. Avec eux, disait-il, jamais de

jrie ni de satire, pas même de dispute ni de discussion. Il allait jusqu'à prescrire de les appeler, non pas hérétiques^ mais ceux de la religion prétendue. L'expérience générale des cinquante dernières années lui avait montré combien peu on gagne à ces discussions publiques et solennelles où l' amour-propre est en jeu plus que l'amour de la vérité, et son expérience personnelle lui avait appris la toute-puissance de la douceur et de la charité : « Il a plu à Dieu, écrivait-il de Beauvais en 1628, se servir de ce misérable pour la conversion de trois personnes depuis que je suis parti de Paris. Mais il faut que j'avoue que la douceur, l'humilité et la patience, en traitant avec ces pauvres dévoyés, est comme l'âme de ce bien. Il m'a fallu employer deux jours pour en convertir un ; les deux autres ne m'ont pas tant coûté de temps. J'ai bien voulu vous dire cela à ma confusion, afin que la Compagnie voie que s'il a plu à Dieu

ir du plus ignorant etdu'plus misérable de la trou

■ servira encore plus efficacement de chacun des autres. »

s lors, en toute occasion, dans ses conférences et dans ses lettres, il revint sur ce mode sichrétiei de pro- . « Travaillons avec humilité et respect, écrivait-il une autre l'ois; que l'on ne défie pas les ministres en chaire -, que Ton ne dise pas qu'ils ne sauraient montrer aucun de leurs articles de foi dans la sainte

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Ecriture, sinon rarement, et en esprit d'humilité et de compassion, parce que, autrement, Dieu ne bénira pas notre travail, ou il éloignera de nous ces pauvres gens ; et ils jugeront qu'il y a de la vanité dans notre conduite, et ils n'y croiront pas. Nous croyons les hommes non parce qu'ils sont savants, mais parce que nous les estimons bons et que nous les aimons. Le démon est trèssavant, et pourtant nous ne croyons rien de ce qu'il dit, parce que nous ne l'aimons pas. Il faut que Notre- Seigneur prévienne par son amour ceux qu'il veut faire croire en lui. Faisons autant que nous voulons* : on ne croira pas à nous, si nous ne montrons amour et compassion à ceux que nous voulons -qu'ils croient à nous;... autrement, nous ne ferons rien que bruit, et peu de fruit !. »

Et insistant un jour sur ce sujet dans une conférence, il prouva, par des raisons et par des exemples, la nécessité de cette conduite humble et débonnaire : « Quand on dispute, dit-il, contre quelqu'un, la contestation dont l'on use en son endroit lui fait bien voir qu'on veut emporter le dessus ; c'est pourquoi il se prépare à la résistance plutôt qu'à la reconnaissance de la vérité : de sorte que, par ce débat, au lieu de faire quelque ouverture à son esprit, on ferme ordinairement la porte de son cœur, comme au contraire la douceur et l'affabilité la lui ouvrent. Nous avons sur cela un bel exemple en la personne du bienheureux François de Sales, lequel, quoiqu'il fût très-savant dans les controverses, convertissait néanmoins les hérétiques plutôt par sa douceur que par sa doctrine. A ce sujet, M. le cardinal du Perron disait qu'il se faisait fort à la vérité de convaincre les hérétiques, mais qu'il n'appartenait qu'à M. l'évoque de Genève de les

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