SECONDE PARTIE
Le corps du discours.
Il y a ordinairement trois points : 1° les Motifs ; 2° la Définition ; 3° les Moyens, avec la réponse aux Objections. Il est à remarquer qu'immédiatement après l'invocation qu'on a faite dans l'exorde, on doit entrer dans les motifs sans autre préambule, ce qui ne servirait qu'à prolonger inutilement la prédication.
Les Motifs. — Ils se tirent ou d'un bien honnête, ou d'un bien utile, ou d'un bien délectable, ou de leurs contraires, à savoir : du déshonnête et infâme, du dommageable et fâcheux ; à ces chefs se rapportent le nécessaire et le facile, avec leurs contraires.
Ces motifs se prouvent par Y autorité, ou par la raison, ou par Yexemple.
Par Y autorité : 1° de l'Écriture sainte; 2° des conciles ;
38 de la tradition; 4° des Pères, surtout des plus anciens ; 5e quelquefois aussi, mais rarement, des auteurs profanes. Sur quoi il faut remarquer que les passages qu'on allègue doivent: 1° être courts ; 2° s'ils sont un peu longs, on doit les diviser en plusieurs parties et appuyer sur les mots qui font plus au sujet ; 3° les fortifier de l'autorité des Pères d'où ils sont tirés, et des circonstances dans lesquelles ils les ont écrits ; 4° s'ils sont de quelques pro- , fanes, il faut, s'il se peut, y joindre l'autorité d'un Père.
2° Par la raison qu'on tirera de la nature de la chose, ou de ses propriétés, ou de ses effets, ou de ses circonstances, y joignant, tant que l'on pourra, quelque bonne comparaison, comme font Notre-Seigneur dans l'Évangile, et, après lui, saint Ghrysostôme et saint François de Sales dans leurs ouvrages.
3° Par les exemples, qui seront: 1° beaux ; 2° authentiques et tirés, s'il se peut, de la sainte Ecriture, ou des saints Pères, ou de l'histoire ecclésiastique, ou de quelques graves auteurs ; 3° bien choisis et propres à ceux à qui l'on parle. Il faut remarquer sur ce premier point qu'il est à propos de ne s'y pas tant arrêter, afin d'avoir plus de loisir pour s'étendre davantage sur le deuxième, qui contient l'instruction et l'éclaircissement dont le peuple a plus de besoin, et, pour cet effet, on ne doit ordinairement apporter que deux motifs ; quelquefois même un seul peut suffire, quand il est en soi bien pressant et efficace, et qu'il est bien déduit.
La Définition. — Il faut remarquer sur la définition : 1° qu'il est bon quelquefois de dire ce que n'est pas, avant de dire ce qu'est la chose dont on parle ; 2° qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit faite à la rigueur de l'école, il suffit d'une belle description ; 3° que ce point n'est pas si sec que l'on pourrait penser, parce qu'il ne consiste pas à rapporter la définition toute nue ; mais on doit, outre cela :
1° proposer les principales divisions de la chose dont on parle, surtout si elles sont nécessaires pour la bien faire entendre ; 2° expliquer les mots et les principales parties de ladite définition ; 3° y mêler des motifs qui soient plus intrinsèques à la chose, sans dire toutefois que ce sont des raisons que nous apportons. Il est encore fort à propos d'entrer dans le particulier, en rapportant les actes principaux de la vertu ou du vice dont on parle, et les occasions principales dans lesquelles on doit pratiquer cette vertu et fuir ce vice.
De plus, on doit donner des marques par lesquelles on peut connaître si Ton a cette vertu ou si l'on est entaché de ce vice. Quand la chose est assez connue, et que l'on veut faire un second point, comme si on parle des misères de cette vie, ou de la façon de les souffrir, il n'est pas nécessaire d'expliquer ce que sont ces misères ; il suffit de rapporter les diverses sortes de maux qu'on peut souffrir. Si Ton dit qu'il ne faut point abuser des grâces de Dieu, on doit rapporter ces grâces, par exemple : la vocation au christianisme, à la religion, etc.
Les Moyens. — Il est à remarquer sur les moyens qu'il faut : 1° montrer que ceux que nous apportons sont véritablement des moyens qui nous peuvent conduire à la chose dont il est question, à quoi plusieurs manquent ; 3° donner les plus généraux les premiers. Or, ces moyens sont de considération ou de pratique : les premiers consistent ordinairement dans la considération ou réflexion sur les motifs ou sur la chose même, et doivent précéder les moyens de pratique ; les plus généraux doivent encore précéder ceux qui sont particuliers ; mais il faut se servir ordinairement des moyens particuliers et de pratique, et rarement des généraux et de considération. Il est à remarquer qu'il est bon, de fois à autre, d'avoir pour fin une histoire qui fasse voir le bonheur ou le
malheur provenant de la chose dont nous parlons ; mais il est à propos, 1° qu'elle vienne bien au sujet qu'on traite ; 2° qu'elle soit bien morale ; 3° tirée des auteurs ; 4° pas trop longue.
Les objections. — !• Elles ne doivent pas être plus fortes que les réponses; 2° on peut y donner plusieurs réponses ; 3° on peut aussi quelquefois rétorquer fortement les objections ; 4° quand on trouve quelques réponses de Notre-Seigneur ou d'un saint Père à une semblable objection, il est très à propos de s'en servir et de dire que c'est Notre-Seigneur même, ou un tel Père, qui répond de la sorte à cette objection ; 5° on les peut mettre quelquefois devant les moyens.