RKTRAITC DE BOSSUET, SES PRÉDICATIONS, ETC
chéries et si estimées de lui, qu'il possédait lui-même au souverain degré, et dont il faisait le fondement de la vie et de la piété de ses prêtres. Ainsi cet homme si humble et cet homme si grand s'unissaient par la simplicité, qui est, en effet, le caractère commun de la vraie vertu et du vrai génie. C'est la simplicité du jeune Bossuet qui attirait le vieillard ; c'est à la simplicité, à la simplicité admirable du saint vieillard, que Bossuet rendra toute sa vie témoignage avec une émotion manifeste, et que, vieillard lui-même, il payera un dernier tribut dans sa j lettre à Clément XI. Vincent voulut donc s'attacher ce jeune homme, que le grand maître de Navarre, Nicolas Cornet, lui avait plus d'une fois recommandé avec une admiration pleine de tendresse, et qui était par lui-même si digne de son estime et de sa protection. Bientôt il l'associera à la compagnie de la Conférence des mardis. En attendant, il songe à lui préparer l'abondance des grâces du sacerdoce . Dans ce dessein, il confie ce sujet éminent, déjà licencié et demain docteur, non au plus savant, au plus habile, mais au plus simple, au plus humble des ecclésiastiques de sa conférence, à l'abbé Le Prêtre, que nous verrons reparaître à sa mort. Et ce qui honore le cœur de Bossuet autant que la perspicacité de Vincent, c'est que le jeune abbé voua à son humble directeur une vénération dont il se plaira souvent, même croissant en génie et en savoir, à lui prodiguer les plus touchants témoignages. Il est juste d'ajouter qu'aux efforts de Le Prêtre se joignirent les exemples de tant d'autres saints ecclésiastiques que Bossuet trouva à Saint-Lazare, et dont, quelques années auparavant, Rancé, son rival heureux dans la licence, avait écrit, après une retraite de douze jours au milieu d'eux : a J'ai eu grande satisfaction de ces bonnes gens, qui ont bien de la piété. C'est une véritable maison de Dieu ;
il ne se trouve point ailleurs un pareil exemple1. » Bossuet, de son côté, quelques années plus tard, en parlera en termes semblables, et rapportera tout aux leçons qu'il avait apprises en leur compagnie2. Audessus de tout mettons les leçons et les exemples qu'il reçut de Vincent lui-même ; car on se doute bien que le saint fondateur, devinant une telle gloire et un tel serviteur à l'Église, ne se déchargea pas tout entier sur Le Prêtre de sa préparation au sacerdoce, mais qu'il y mit aussi la main avec son action puissante et sa supériorité ordinaire. D'ailleurs, n'avons-nous pas le témoignage de Bossuet dans la lettre citée à Clément XI ? « Le vénérable prêtre Vincent de Paul nous fut connu, dit-il, dès notre jeunesse, et c'est dans ses pieux discours et ses conseils que nous avons puisé les vrais et purs principes de la piété chrétienne et de la discipline ecclésiastique : souvenir qui, même à cet âge, nous est un charme merveilleux 3. »
Sept années s'écoulèrent. Initié au sacerdoce et archidiacre de Metz, Bossuet se trouvait, en 1659, à Paris, où sa parole avait déjà retenti dans les chaires avec un éclat et un fruit qui justifiaient les pressentiments et récompensaient les soins de Vincent de Paul, lorsque celui-ci l'invita à faire les conférences de Saint-Lazare Dour l'ordination de Pâques. Bossuet, toujours si reconnaissant, saisit cette occasion d'acquitter la dette de son
i. Lettres de Rancé publiées par B. Gonod. Paris, 1846, in-8, p. 21. — Lettre du 22 décembre 1648.