‹ Saint Vincent de PaulChapitre 22 sur 159 · Goof. du 8 juin · texte numérisé non relu

Goof. du 8 juin

sous cet habit; elles ont plus d'efficace avec cet ornement

naturel. »

Mais, pour cela, il faut s'oublier soi-même, s'élever à Dieu et lui demander toute inspiration. « Car Dieu est une source inépuisable de sagesse, de lumière et d'amour. C'est en lui que nous devons puiser ce que nous disons aux autres. Nous devons anéantir notre propre esprit et nos sentiments particuliers, pour donner lieu aux opérations de la grâce, qui seule illumine et échauffe les cœurs. Il faut sortir de soi-même pour entrer en Dieu. 11 faut le consulter pour apprendre son langage, et le prier qu'il parle lui-même en nous et par nous. 11 fera pour lors son œuvre, et nous ne gâterons rien. Notre-Seigneur, conversant parmi les hommes, ne parlait pas de-^ par lui-même : « Ma science, disait-il, n'est pas de moi, mais de mon Père ; les paroles que je vous dis ne sont pas les miennes, mais elles sont de Dieu. » Gela nous montre combien nous devons recourir à Dieu, afin que ce ne soit pas nous qui parlions et qui agissions, mais que ce soit Dieu. »

Ces règles de prédication, Vincent les donnait non-seulement aux siens, mais aux orateurs étrangers qu'il appelait à son aide à l'époque des ordinations. Car ses Missionnaires, peu nombreux encore, et qui ne revenaient à Saint-Lazare, après plusieurs mois d'évangéliques travaux, que pour se reposer de leurs fatigues et se préparer à des fatigues nouvelles, ne pouvaient évidemment suffire à ces retraites si fréquentes d'ordinations. Vincent choisissait de préférence ses coadjuteurs parmi ceux qui, ayant fait eux-mêmes ces exercices, étaient déjà au courant de la méthode à suivre. Il leur demandait avant tout foi, zèle et charité ; mais il était heureux de trouver chez eux la vertu rehaussée par le talent et la science. Elle serait bien brillante la liste des prédicateurs de re-

traites qui se succédèrent pendant trente ans aux Bons- Enfants ou à Saint-Lazare. Il y avait des docteurs illustrés dans les joutes de Sorbonne, des prélats des plus distingués du royaume. Mais, docteurs ou évêques, tous devaient se conformer à la manière simple du pieux fondateur, et suivre les mémoires et programmes qu'il leur mettait entre les mains ; et, s'ils s'en écartaient, il les y rappelait avec une humilité pleine de courage et de force. Il écrivait à Ozenne, en Pologne, le 17 mars 1656 : « J'ai été obligé, pendant une ordination, de me jeter deux fois aux pieds d'un prêtre, pour le prier de ne s'égarer point dans ce beau chemin, et ne voulut pas me croire. Aussi Dieu nous a-t-il délivrés de cet esprit vain. » Au contraire, lorsqu'un prédicateur, et surtout un évêque, imprégnait ses entretiens de l'air de simplicité de Saint-Lazare, il l'en félicitait avec transport. C'est ainsi qu'après un entretien de cette nature, donné en 1656 par l'évêque de Sarlat, il alla trouver le prélat dans sa chambre : « Monseigneur, lui dit-il, vous m'avez aujourd'hui converti. — Et comment cela, Monsieur? — C'est que vous avez déclaré tout ce que vous avez dit si bonnement et si simplement, que cela m'a semblé fort touchant, et je n'ai pu que je n'en aie loué et béni Dieu. — Ah ! Monsieur, je dois vous confesser avec la même simplicité que j'aurais bien pu dire quelque autre chose de plus poli et de plus relevé, mais j'aurais offensé Dieu, si je l'avais fait *. » Édifié de plus en plus, Vincent ne manqua pas, suivant sa coutume, d'écrire et l'entretien et la conversation à ses Missionnaires éloignés. Ainsi nous lisons dans la lettre citée tout à l'heure : « Nos ordinands se sont, grâce à Dieu, retirés bien satisfaits, après nous avoir grandement édifiés. Monseigneur l'évêque de Sarlat leur a fait

1. Cont'. du 8 juin 1H58. Là il dit <[u<> c'est jusqa'à trois t'ois qu'il se prosterna sans succès aux pieds du prùlre à ['esprit vain.

l'entretien du soir admirablement bien; et comme ou a regardé de près la cause d'un si heureux succès, on a trouvé que c'est son humilité à suivre mot à mot le projet de ces entretiens qui a été fait par les premiers qui les ont commencés, sans y ajouter des pensées curieuses ni des mots nouveaux, ainsi que d'autres ont voulu faire ci-devant, qui ont tout gâté pour ne s'être réduits à la méthode et simplicité ordinaires, ni maintenus dans les matières propres. »

Retraite de Bossuet et ses prédications à Saint-Lazare.

De tous les ordinands qui,] sortis de Saint- Lazare, y revinrent ensuite comme prédicateurs, pour communiquer à d'autres le don qu'ils avaient reçu, le plus illustre est, sans contredit, Bossuet. Dans le carême de 1652, il y vint faire sa retraite de préparation au sacerdoce, et les deux plus grands hommes du siècle, l'un parle génie, l'autre parla charité, se comprirent aussitôt et formèrent entre eux une liaison que la mort même ne put dissoudre. Vincent, dont l'humble simplicité aidait, bien loin de nuire, à un discernement exquis et à une sagacité infaillible, connut aussitôt le mérite de ce jeune diacre, en qui une réputation prématurée et la prédiction bientôt divulguée de Cospéan, évêque de Lisieux, lui avaient d'ailleurs révélé l'une des grandes lumières futures de l'Église. Il fut frappé, raconte Le Dieu, de l'étendue et de la solidité d'un esprit si pénétrant et si lumineux, et encore plus de sa piété sincère, de l'innocence de ses mœurs, de sa simplicité, ou plutôt de sa candeur, de sa droiture, de son désintéressement, de la modestie peinte sur son visage avec toutes ces vertus si

Page 1