‹ Saint Vincent de PaulChapitre 25 sur 159 · RETRAITE DE BOSSUET, SES PRÉDICATIONS, ETC · texte numérisé non relu

RETRAITE DE BOSSUET, SES PRÉDICATIONS, ETC

sacerdoce, et il le fit avec toute la libéralité de son zèle et de son génie. Aussi, quand, sa mission remplie, il alla saluer Vincent et lui dire adieu, le vénérable supérieur, le pressant dans ses bras, lui demanda la promesse de venir, en 1660, faire, pour l'ordination de la Pentecôte, ce que tout à l'heure il avait fait si bien pour celle de Pâques. Et en effet, l'année suivante, Bossuet fut fidèle au rendez-vous, et, cette fois, il se surpassa luimême. L'affluence des ordinands fut plus grande que jamais. Déjà, en 1659, son nom et sa réputation les avaient attirés en grand nombre ; mais, quand ils surent qu'il devait revenir l'année suivante, ils renvoyèrent à cette époque leur préparation aux ordres, pour assister à ses instructions. C'est ce qu'atteste l'abbé Fleury, l'historien de l'Église, qui fut de ce nombre. Ainsi en fut-il en 1663 et 1666, après la mort de saint Vincent de Paul, lorsque Aimeras, second supérieur de la Mission, qui avait admiré déjà deux fois sa pieuse éloquence, obtint de lui qu'il viendrait encore donner les entretiens des ordinands.il est même àcroire que, dans l'intervalle, Bossuet, qui aimait à parler aux prêtres, qui fit plusieurs conférences au séminaire de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet et au séminaire des Trente-Trois, prêcha plus d'une fois aussi a Saint-Lazare. Ce qui est certain, c'est qu'au terme de sa vie, il parlait encore des retraites qu'il y avait prêchées à la prière de Vincent de Paul ; qu'il se rappelait avec émotion et en même temps avec humilité <c ce travail que nous osâmes, disait-il, entreprendre, aidé des avis de cet homme de Dieu, et soutenu par ses prières. » Ce qui est certain encore, c'est que toujours il s'est fait honneur de la piété et du zèle des prêtres de la Mission. Il a travaillé avec eux, à Metz d'abord, ensuite à Meaux. Il les a maintenus et affermis dans son diocèse, où il a fait aussi plusieurs établissements en !

laveur des sœurs de la Charité. C'est un Lazariste, Hébert, curé de Versailles, qui entendit sa confession dans sa maladie du mois d'août 1703, qui lui administra la sainte communion et reçut son testament ; c'est ce même Hébert, devenu évêque d'Agen, qui le vit encore à Paris à son lit de mort, et officia pontificalement à Meaux à la cérémonie de ses funérailles. Ainsi, par lui-même ou par les siens, Vincent présida au commencement et à la fin de cette grande carrière sacerdotale *.

Fruits de ces exercices.

Avec l'impulsion et la conduite de Vincent de Paul, avec un si bel ordre et de si pieuses leçons, avec de tels exemples et de tels prédicateurs, on peut juger du succès de ce^ exercices des ordinands, et des incalculables services qu'ils rendirent à l'Église de France, à une époque où il n'y avait pas encore de séminaires, où ils étaient la seule institution pour la formation et le renouvellement de l'esprit sacerdotal. L'Italie elle-même nous les envia, et nous les verrons franchir les monts avec les fils de Vincent, et s'établir à Gênes et à Rome, où ils produiront les mêmes fruits que parmi nous.

Pour dire ce qu'il en provint de bénédiction en France, nous ne sommes pas réduits aux conjectures, pourtant si certaines, qui résultent de tout ce qui précède. Mais ici les témoignages directs et positifs abondent. Et d'abord, le témoignage de Vincent lui-même, dont l'humilité a dû se taire cette fois pour laisser parler la joie et la reconnaissance. Qu'on se rappelle le tableau du désordre des

1. Le Dieu, ouvrage cité, tom. I, pp. 66, 87. — Floquet, tom. II, pp. 12, 67, 244.

prêtres tracé en tête de ce livre, et qu'on y oppose ce tableau de l'Église de Paris renouvelée, que Vincent adressait à du Coudrai, un de ses prêtres de Rome, dès le 5 juillet 1633, c'est-à-dire deux ans seulement après le commencement de ces pieux exercices :

« Il faut que vous sachiez qu'il a plu à la bonté de Dieu donner une bénédiction toute particulière, et qui n'est pas imaginable, aux exercices de nos ordinands. Elle est telle que tous ceux qui y ont passé, ou la plupart, mènent une vie telle que doit être celle des bons et parfaits ecclésiastiques. Il y en a même plusieurs qui sont considérables par leur naissance ou par les autres qualités que Dieu a mises en eux, lesquels vivent aussi réglés chez eux que nous vivons chez nous, et sont autant et même plus intérieurs que plusieurs d'entre nous, n'y eût-il que moi-même. Ils ont leur temps réglé, font oraison mentale, célèbrent la sainte messe, font les examens de conscience tous les jours comme nous. Ils s'appliquent à visiter les hôpitaux et les prisons, où ils catéchisent, prêchent, confessent, comme aussi dans les collèges, avec des bénédictions très-particulières de Dieu. Entre plusieurs autres, il y en a douze ou quinze dans Paris qui vivent de la sorte, et qui sont personnes de condition, ce qui commence à être connu du public. » Et dix ans après, le 30 janvier 1643, il écrivit à Codoing, un autre de ses Missionnaires de Rome : « Chacun reconnaît que le bien qui se voit aujourd'hui à Paris, vient principalement de cela. »

Il vint à Vincent de semblables rapports de toutes les provinces où il avait envoyé quelques-uns de ses prêtres. Dans certains diocèses, il y eut d'abord de l'opposition de la part des ordinands contre les exercices auxquels on les voulait soumettre. Les uns refusèrent d'y entrer ; d'autres, contraints d'y prendre part, formèrent au moins la fatale

résolution ou de se refuser à la confession générale, ou de ne la point faire aux Missionnaires. Mais, après avoir goûté des entretiens et des autres exercices, ils se disputèrent bientôt la faveur d'y être admis, et, désormais gagnés à la grâce, touchés et fondant en larmes, c'était précisément aux pieds des fils de saint Vincent qu'ils allaient déposer le fardeau des crimes de toute leur vie. Alors c'était une édification qui franchissait les limites de la solitude pour se répandre, avec les ordinands convertis, dans les villes et dans les campagnes. Les peuples ne pouvaient retenir leurs larmes de tendresse en voyant à l'office divin ces ecclésiastiques transformés, l'ordre, la modestie, la dévotion qu'ils apportaient dans les cérémonies. « Ce ne sont plus des hommes, disaient-ifs en rendant grâces à Dieu ; ce sont des anges du Paradis. » Ainsi parlaient, dans leurs lettres à Vincent, Henri Louis Chastaigner de La Roche-Pozay, évêque de Poitiers ; Jacques Du Perron, évêque d'Angoulême ; Éléonor d'Estampes, archevêque de Reims ; Jacques Raoul, évêque de Saintes ; Jacques Lescot, évêque de Chartres, et les ecclésiastiques de la Conférence de Noyon. Alors c'étaient des actions de grâces à Vincent, des louanges de ses prêtres, des demandes instantes de nouveaux ouvriers, auxquelles, à son grand regret, il ne pouvait pas toujours satisfaire. Car il y avait une sainte émulation, entre tous les prélats du royaume, à se procurer des Missionnaires pour donner aux ordinands les précieux exercices. Répétons-le, on ne pouvait rien exiger de plus alors des évêques les plus pieux et les plus zélés. On louait, comme des modèles de l'épiscopat, ceux qui apportaient tous leurs soins à bien choisir et à bien préparer les ordinands. Aussi, en 1639 lorsque le P. Bourgoing, général de l'Oratoire, publia son ouvrage sur les Exercices de dix jours, il ne crut pouvoir rien faire de mieux, dans l'état

actuel de l'Église de France, que d'en recommander la pratique. <c Pour l'obtenir, dit-il, j'offrirais sans hésiter les sacrifices, les vœux et les prières de toute ma vie, et je ne craindrais pas de supplier à genoux et avec toute l'humilité possible les révérends et pieux évêques, de forcer les ordinands à s'appliquer dix ou au moins huit jours à ces pieux exercices, et de n'exempter personne de cette loi, sous aucun prétexte '. » Convaincus de leur importance, mais n'ayant d'abord personne pour les donner, quelques-uns se résignèrent à attendre ; d'autres, en plus grand nombre, se firent instruire par Vincent de l'ordre à suivre dans ces sortes de retraites ; ils lui demandèrent des mémoires et des canevas d'entretiens ; et, en se conformant à ses instructions, ils produisirent euxmêmes des fruits merveilleux. Vincent se réjouissait de voir le bien s'opérer et s'étendre par d'autres mains que les siennes. Outre le compte qu'y trouvait son humilité, il comprenait bien que le caractère des serviteurs de Dieu est de travailler à se rendre inutiles, en se suscitant des coopérateurs et des successeurs qui puissent agir à leur défaut et perpétuer leur œuvre.

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