II
du 5 juillet, où il rendait compte à un de ses prêtres de Rome de l'œuvre des ordinands. Cette lettre continue ainsi : « Or, ces jours passés, un d'entre eux, parlant de la manière de vivre que menaient ceux qui avaient passé avec lui par les exercices des ordinands, proposa une pensée qu'il avait eue de les lier ensemble par manière d'assemblée ou de compagnie ; ce qui a été fait avec une satisfaction particulière de tous les autres. Et la fin de cette assemblée est de vaquer à leur propre perfection, à moyenner que Dieu ne soit point offensé, mais qu'il soit connu et servi dans leurs familles, et à procurer sa gloire dans les personnes ecclésiastiques et parmi les pauvres ; et cela, sous la direction d'une personne de céans, où ils doivent s'assembler tous les huit jours. Et parce que Dieu a béni les retraites que plusieurs curés de ce diocèse ont faites ici, ces messieurs ont désiré faire de même, et ont en effet commencé. Or, il y a sujet d'espérer de grands biens de tout ceci, s'il plaît à Notre-Seigneur donner sa bénédiction à son œuvre, que je recommande particulièrement à vos prières. »
A qui vint la première pensée de ces conférences ? Son nom ne sera jamais, sans doute, jusqu'au grand jour des révélations, connu que de Dieu, et restera pour la terre dans cette obscurité qui sied si bien aux promoteurs des œuvres chrétiennes. Quelques-uns ont semblé en attribuer le mérite à l'abbé Olier. Il est certain que les historiens de saint Vincent de Paul s'accordent à le nommer le premier de ceux qui entrèrent dès le commencement dans la Compagnie, qu'il contribua à son progrès en y attirant de nouveaux membres, et en formant ailleurs d'autres réunions sur ce modèle. Dans un chapitre longtemps inédit de son histoire, Abelly a écrit d'Olier : « Il avait été l'un des premiers qui vint aux exercices des ordinands, pour se préparer à la réception des saints
ordres ;... et ce fut là qu'il puisa abondamment cet esprit ecclésiastique dont il a été si parfaitement rempli et animé. Il fut aussi l'un des premiers qui, pour mieux conserver et perfectionner cet esprit, se lia avec plusieurs autres vertueux ecclésiastiques, pour faire toutes les semaines des conférences spirituelles à Saint-Lazare, sous la conduite de M. Vincent f. »
N'en doutons pas cependant, Olier ne fut pas le promoteur de l'œuvre, et la preuve péremptoire en est dans une lettre citée par Abelly. ce Celui qui avait fait la première proposition de ce dessein à M. Vincent, écrit le vieil his^ torien 2, ne se trouva pas en cette assemblée (de la fin de juin), étant pour lors occupé à travailler en quelques missions hors de Paris ; c'est pourquoi M. Vincent lui écrivit la lettre suivante :
u Dieu soit béni, Monsieur, de toutes les grâces et bénédictions qu'il répand sur votre mission ! Ne vous semble-t-il pas que tant d'ouvriers qui demeurent oisifs seraient bien employés en la grande moisson à laquelle vous travaillez maintenant, et que ceux qui connaissent le besoin que le maître de la moisson a d'ouvriers, seront coupables du sang de son fils, qu'ils laissent inutiles faute d'application ? Oh ! que la pensée que vous me fîtes l'honneur de me communiquer ces jours passés, a été bien reçue de messieurs les ecclésiastiques, de tous lesquels nous avons parlé en général, et de chacun en particulier ! Nous les vîmes il y a quinze jours ensemble, et ils résolurent ce que vous me proposâtes dans une uniformité d'esprit qui parut toute de Dieu. Je commençai mon discours par les paroles que vous me dîtes, sans vous nommer, sinon lorsqu'il fallut vous mettre de leur nombre et
1. Ce chapitre a élé publié pour la première fois pur M. Faillon, à lu fin de la VU de M. Olier.