‹ Saint Vincent de PaulChapitre 34 sur 159 · PREMIERS MEMBRES · texte numérisé non relu

PREMIERS MEMBRES

Nous le savons par Vincent lui-môme, qui écrivait à un de ses prêtres à Rome, le 17 avril 1643 : « Ceux qui ont été élevés céans paraissent entre les autres prélats, en sorte que chacun, jusques au roi, les remarque tout autrement faits. C'est ce qui a fait que Sa Majesté m'a fait mander par son confesseur que je lui envoie la liste de ceux qui me semblent capables de cette dignité. » Vincent obéit avec simplicité ; car, ici, évidemment, l'ordre du roi était l'ordre de Dieu, et les intérêts de l'Église s'accordaient avec les intérêts du royaume. Ainsi il préludait, par la disposition ordinaire de la Providence, aux fonctions qu'il devait remplir bientôt au conseil de conscience, et il y mettait déjà tout son zèle, toute sa prudence et toute sa discrétion. Bien loin de se vanter delà confiance dont il était investi et du crédit qu'on lui donnait dans les nominations aux charges ecclésiastiques, il sut engager au secret le roi et ses ministres. Il comprenait et il fit comprendre qu'autrement il serait assiégé de sollicitations importunes, que tous les ecclésiastiques de condition, tous les ambitieux afflueraient à Saint-Lazare et demanderaient leur agrégation à la compagnie, pour assurer moins leur sanctification que leur fortune, ce qui serait corrompre et tarir la source d'où l'on attendait la rénovation du haut clergé,

De part et d'autre le secret fut inviolablement gardé. De tant d'ecclésiastiques qui durent leur promotion aux conseils de Vincent, pas un ne sut la part qu'il y avait prise, et il ne paraissait y entrer pour quelque chose que par la sainte violence dont il usait pour forcer l'assentiment des plus humbles, et partant des plus dignes, qu'effrayait l'épiscopat. Du reste, en public comme en particulier, dans les conférences comme dans la direction, il ne leur parlait que du bonheur de vivre et de mourir dans l'obscurité, et sans cesse il les exhortait à

fuir tout ce qui peut attirer les regards et l'estime des hommos'. Pour les préparer aux plus hauts emplois, il ne les appliquait qu'aux plus humbles fonctions du ït ministère, à faire le catéchisme, à prêcher dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les missions des campagnes : éducation vraiment apostolique, à laquelle l'Église de France dut tant de ministres fidèles. Ce fut comme une restauration de l'ordre ecclésiastique, naguère si vicieux et si méprisé, maintenant vertueux et en honneur. Vincent, qui savait que s'il est bon de taire les secrets du roi, il est honorable de révéler les œuvres de Dieu, forçait son humilité à en parler quelquefois à ses prêtres. Ainsi il écrivait à Le Breton, à Rome, dès le 24 février 1640 : « L'état ecclésiastique séculier reçoit beaucoup de Dieu à présent. L'on dit que notre chétive Compagnie y a beaucoup contribué par les ordinands et la Compagnie des ecclésiastiques de Paris. Il y a beaucoup de gens de qualité qui embrassent cet état à présent. »

Fruits des conférences. — Premières missions.

Tel fut, en effet, un des premiers fruits de la conférence de Saint- Lazare. De son sein sortirent, pendant la seul vie de Vincent, les pieux et illustres fondateurs des communautés de Saint-Sulpice et des Missions étrangères, J-J. Olier et Jean Duval, évêque de Babylone ; vingt-trois évêques ou archevêques, qui presque tous travaillèrent avec autant de courage que de succès à rendre à l'Église sa première beauté ; enfin, une multitude innombrable de vicaires généraux, d'officiaux, d'archidiacres, de chanoines, de curés, de supérieurs et de directeurs de séminaires ou de communautés religieuses, qui répandirent partout l'esprit reçu de Vincent de Paul, c'està-dire l'esprit même de Jésus-Christ.

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