‹ Saint Vincent de PaulChapitre 35 sur 159 · FRUITS DES CONFÉRENCES. — PREMIÈRES MISSIONS · texte numérisé non relu

FRUITS DES CONFÉRENCES. — PREMIÈRES MISSIONS

Car leur piété était non pas égoïste ni avare, mais communicative et expansive comme la charité chrétienne. Plusieurs d'abord se laissèrent gagner par la sainte contagion de leur exemple. Comme la plupart d'entre eux étaient de condition, un grand nombre docteurs de Sorbonne, quelques-uns pourvus déjà de charges considérables, il était impossible que la régularité de leurs moeurs, la modestie de leurs habits, leur séparation du monde, ne fissent pas sur les prêtres et sur les peuples une impression salutaire. Les uns se sentaient portés à les prendre pour modèles, les autres étaient attirés et gagnés par cette muette prédication.

D'ailleurs, Vincent mettait à contribution leur zèle et lui donnait un emploi plus actif.

Toujours surchargé d'oeuvres et de projets charitables, auxquels il ne pouvait suffire par lui-même, ni par les siens, il avait en eux, en dehors de l'armée régulière de sa congrégation, une sorte de corps de réserve, et il les envoyait à droite et à gauche," tantôt seuls, tantôt dans la compagnie et sous la conduite de quelqu'un de ses Missionnaires, partout où Dieu et le prochain réclamaient de bons serviteurs. Les plus vertueux et les plus habiles, il les appelait à Saint-Lazare pour faire les entretiens des ordinands, ou bien il les députait dans les provinces pour y donner les mêmes exercices, ou des retraites spirituelles, dont l'usage se propageait de plus en plus, grâce au zèle des évêques nommés sous son influence. Les autres, il les employait à des catéchismes, ou à des prédications dans les campagnes. Du reste, d'eux-mêmes et sans mission particulière du saint prêtre, ils se portaient à toutes les bonnes œuvres, tant ils étaient animés de son esprit. Éloignés de Paris, ils réunissaient tous les ecclésiastiques du voisinage, les exhortaient à la pratique de l'oraison et des vertus sacerdotales, les groun. à-

paient même en conférences réglées, sur le modèle de la conférence de Saint-Lazare. Ils secouraient les prêtres de leurs aumônes comme de leur parole, et leur rendaient à la fois la décence extérieure et l'esprit de leur état.

Mais c'est par ses missions que la conférence des marais ! se fit le plus d'honneur. Après s'être initiés à l'œuvre apostolique dans les campagnes sous la direction des Missionnaires, ses membres se chargeaient d'évangéliser les villes que Vincent avait interdites aux siens. La ville de Paris recueillit les prémices de leur charité. Dès la première année de leur établissement, ils firent, dans l'hôpital des Quinze-Vingts, une mission aux pauvres aveugles, dont profitèrent encore les familles de ces malheureux et les habitants du voisinage. Puis vint le tour des soldats du régiment des gardes du roi, qu'ils rassemble rent avec l'agrément de leurs officiers ; le tour aussi des nombreux artisans qui, absorbés dans leur travail, ignoraient ou oubliaient Dieu et leur âme. Dignes disciples de Vincent de Paul, c'était aux pauvres qu'ils s'attachaient exclusivement ou de préférence, et, en particulier, à ces bandes innombrables de mendiants, qui, avant l'établissement de l'Hôpital général, inondaient les rues de la capitale, qu'ils effrayaient par le spectacle de leur misère et de leur sauvage immoralité. i

Il n'y eut pas un hôpital de Paris qui ne devînt le théâtre de leur zèle. La Pitié, les Galériens les virent tour à tour ; et jusqu'aux Petites -Maisons, où Ton recueillait alors, avec les aliénés, un grand nombre de pauvres familles. C'est dans cette dernière mission qu'ils Laissèrent pour monument de leur passage Y Exercice du chrétien, abrégé populaire de la doctrine et de la morale chrétiennes, qui se répandit ensuite à millions 'l'>'xemplaires en France et à l'étranger.

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