‹ Saint Vincent de PaulChapitre 77 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Commencements de leurs rapports.

Où, quand et comment se formèrent ces rapports ? On ne le sait trop. A l'Oratoire, vers 1625, et par l'intermédiaire de Bérulle, ont dit les jansénistes * : c'est possible, et peu importe. On sait l'empressement de Vincent à accueillir les bons prêtres, et à rechercher ceux qu'il croyait capables de servir l'Église. Or, au commencement, Saint- Cyran avait réussi à se faire une grande réputation de vertu et de science. Promptement, néanmoins, et dès le temps de leur plus grande union, Vincent, avec son sens si droit et si pratique, trouva singulière l'inactivité apparente de Saint-Cyran, sa solitude affectée, et lui témoigna son étonnement de le voir ainsi demeurer inutile. « Il ne me semble pas, répondit le sectaire, que servir Dieu en secret, et adorer sa vérité et sa bonté dans le silence, soit mener une vie inutile 2. » Bientôt il sortira de ce silence.

D'un autre côté, on se rappelle les sièges multiples que faisait Saint-Cyran autour des communautés religieuses,

1. Défense de feu M. Vincent, etc. contre les faux discours du livre de sa tic, (par Martin de Barcos), 1668, in-4 et in-12, ch. il. %. Lanc< lot, Mémoire*, tom. II, p. 04.

particulièrement des communautés sacerdotales. La Compagnie de Vincent croissait de jour en jour, et commençait à se répandre par tout le royaume. Quel profit si l'on pouvait s'introduire dans son sein, et faire des Missionnaires autant d'apôtres qui porteraient l'Évangile hérétique dans les villes et dans les campagnes, parmi les peuples et parmi les prêtres î Saint-Cyran résolut de réussir à tout prix, même au prix de sa conscience. Au dire des jansénistes, il aurait rendu à Vincent et à sa famille, à sa Compagnie et à ses amis, maint et maint service. C'est lui qui aurait détourné Emmanuel de Gondi du conseil qu'on lui donnait de changer la fondation des Bons-Enfants, et, par reconnaissance, on lui aurait offert de le loger au collège, ou même d'y faire bâtir pour lui un logis à son gré. Comme la huile d'approbation souffrait des difficultés à Rome, c'est encore lui qui, sur la prière de Vincent, en aurait traduit les règlements en latin, et aurait dressé des lettres pour quelques cardinaux. Quoique le traité entre le prieur de Saint-Lazare et Vincent ne lui parût pas très -apostolique du côté du prieur, il y aurait aidé ; et, dans le procès avec les religieux de Saint-Victor, il aurait forcé les répugnances du premier président Le Jay et de l'avocat général Bignon, d'abord très-mal disposés pour les Missionnaires. — On sait que les Bignon, presque tous élevés à Port- Royal, furent toujours favorables à la secte, et pleins de déférence pour ses chefs. — Grâce à l'intervention de Saint Cyran, Bignon aurait conclu contre l'avocat de Saint-Victor, et entraîné ainsi le Parlement. Dans sa joie reconnaissante, Vincent serait allé, au sortir du palais, trouver Saint-Cyran à son logis du cloître Notre- Dame, et, se jetant à genoux devant lui, il lui aurait fait, en manière d'hommage féodal, un petit présent, pour lui témoigner les droits qu'il avait désormais sur

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