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CHAPITRE VINGTIEME

encore tous les jours, à l'avancement du royaume de JÉSUS- Christ.

Ce fut, comme il a été déjà dit, en l'année 1625, après la mort de Madame la générale des galères, que M. Vincent se retira au collège des Bons-Enfants, dont M. l'archevêque de Paris lui avait fait prendre la principauté, pour servir au dessein de leur fondation. M. Portail, dont il a été ci-devant parlé, ayant déjà demeuré douze ou quinze ans avec M. Vincent, ne le voulut pas quitter en une si belle occasion de servir Dieu ; il se retira avec lui en ce collège, à dessein de s'employer en sa compagnie à l'exercice des missions. Pour travailler avec plus de fruit, ils convièrent un autre bon prêtre à se joindre à eux, auquel ils donnaient cinquante écus par an pour s'entretenir, et ils allaient tous trois de village en village catéchiser, exhorter, confesser et faire les autres exercices de la mission, avec simplicité, humilité et charité, à leurs propres dépens, sans demander ni même recevoir aucune chose de personne. Ils travaillaient premièrement aux lieux où la mission était fondée, puis ils allaient faire de même en d'autres paroisses. Et, comme ils n'avaient pas le moyen d'entretenir des serviteurs qui demeurassent pour garder le collège en leur absence, quand ils en partaient pour aller en mission, ils en laissaient les clefs à un voisin.

Qui eût jamais pensé alors que deux pauvres prêtres, allant ainsi travailler dans les villages, eussent posé sans y penser les fondements d'un si^ grand édifice spirituel, que DiEU a voulu élever dans son Église ? C'était un des étonnements de M. Vincent, lequel, parlant un jour sur ce sujet à la communauté de Saint- Lazare, « Nous allions, dit-il, tout bonnement et simplement, envoyés par les évêques, évangéliser les pauvres, ainsi que Notre-Seigneur avait fait : voilà ce que nous faisions ; et DiEU faisait de son côté ce qu'il avait prévu de toute éternité. Il donna quelque bénédicticm à nos travaux ; ce que voyant d'autres bons ecclésiastiques, ils se joignirent à nous, et demandèrent d'être avec nous, non pas tous à la fois, mais en divers temps. O Sauveur ! qui eût jamais pensé que cela fût venu en l'état où il est maintenant? Qui m'eût dit cela pour lors, j'aurais cru qu'il se serait moqué de moi. Et néanmoins c'était par là que DiEU voulait donner commencement à la compagnie. Eh bien ! appellerez-vous humain ce à quoi nul homme n'avait jamais pensé? car ni moi, ni le pauvre M. Portail, n'y pensions pas ; hélas ! nous en étions bien éloignés. '^

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L'archevêque de Paris, messire Jean-François de Gondy, ayant ensuite donné une approbation authentique au premier dessein de l'institution de la Congrégation de la Mission, par ses lettres du 24 d'avril 1626, deux bons prêtres de Picardie, MM. François du Coudray et Jean de la Salle, vinrent s'offrir à M. Vincent, pour vivre et travailler sous sa conduite avec M. Portail ; il les reçut et associa tous trois avec lui en exécution de la dite fondation, par acte passé par-devant deux notaires du Châtelet au 4 septembre du même an 1626. Et le roi Louis XIII, par ses lettres patentes du mois de mai 1627 confirmant ledit contrat de fondation, autorisa ladite association des prêtres de la Mission à vivre en commun, à s'établir en tels lieux du royaume de France que bon leur semblerait, et à accepter tous legs, aumônes et dons qui leur seraient faits.

Outre les trois susnommés, quatre autres prêtres entrèrent bientôt en cette congrégation : Jean Bécu, du village de Brache, au diocèse d'Amiens ; Antoine Lucas, de la ville de Paris ; Jean Brunet, de la ville de Riom, en Auvergne, et Jean Dehorgny, du village d'Estrées, au diocèse de Noyon. Ces sept, étant ainsi unis avec M. Vincent pour vivre et mourir dans la Congrégation de la Mission, promirent à DiEU de s'appliquer toute leur vie à procurer la sanctification du pauvre peuple des champs, et l'on peut dire qu'ils furent comme ces sept prêtres qui, sous la conduite de Josué, sonnèrent les trompettes pour renverser les murs de Jéricho.

Par bulle du pape Urbain VIII du mois de janvier 1632, cette compagnie a été érigée en congrégation et approuvée du Saint-Siège, sous le titre de Prêtres de la Congrégation de la Mission et sous la conduite de M. Vincent, à qui Sa Sainteté donna le pouvoir de dresser des règlements pour le bon ordre de cette congrégation ; après quoi, pour autoriser davantage cet institut, le roi fit expédier d'autres lettres patentes du mois de mai 1642, vérifiées au parlement de Paris en septembre de la même année.

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Chapitre toingt-'et^Unième. — Établissement des prêtres de la Congrégation de la Mission à Saint- Lazarelez-Paris.

E peu d'espace et le peu de revenu du collège des '^ Bons-Enfants ne pouvait fournir de logement ni ^ de subsistance que pour peu de personnes ; mais Dieu voulut y pourvoir d'une manière qui surprendra le lecteur, et qui lui fera admirer les conduites de son infinie sagesse.

Pendant que ces bons prêtres missionnaires n'appliquaient leurs pensées et leurs soins qu'à procurer l'agrandissement du royaume de Jésus-Christ et à lui gagner des âmes, la Providence divine disposait les moyens qu'elle voulait employer pour les établir dans la maison de Saint-Lazare-lez-Paris. C'est une seigneurie ecclésiastique, où il y a justice haute, moyenne et basse, en laquelle, outre la grande étendue des logements et des enclos, ils pouvaient trouver tous les secours raisonnables pour s'affermir et se multiplier. Or, ce qui montre clairement que cet établissement est un ouvrage particulier de la main de Dieu, c'est qu'il s'est fait contre toutes les apparences humaines, et que les moyens par lesquels il a réussi ne pouvaient, selon le raisonnement humain, servir qu'à l'empêcher et y mettre obstacle. On ne saurait mieux le connaître que par le récit de ce qui s'est passé en l'exécution de ce dessein, selon le témoignage que M. Vincent en a donné pendant sa vie, et qui a été confirmé après sa mort par celui qui a été le principal entremetteur, M. de Lestocq, docteur de la faculté de Sorbonne et curé de Saint-Laurent à Paris, qui, non content de l'avoir déclaré de vive voix, a voulu encore donner son témoignage écrit de sa propre main en la manière suivante.

Récit qui a été signé delà main de feu de M. de Lestocq^ docteur de Sorho7ine et cure de Saint- Lattrent^ touchant ce qui s'est passé en rétablissement des prêtres de la Mission dans la maison de Saint- Lazare lez-Paris.

« Messire Adrien le Bon, religieux de l'Ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin et prieur de Saint- Lazare, eut quelque difficulté en l'année 1630 avec ses religieux, qui le porta à vouloir permuter le dit prieuré avec un autre bénéfice. Plusieurs le pressèrent qui lui offrirent des abbayes et autres bénéfices de revenu ; mais, ayant communiqué ce dessein à ses amis, ils l'en détournèrent, disant qu'on pourrait apporter remède au différend qu'il avait avec

ses religieux par une conférence de lui avec eux, en présence de quatre docteurs ; à quoi il consentit, et ses religietix en convinrent. L'assemblée s'étant faite chez un docteur fort recommandable en mérite et en sainteté, M. le prieur allégua ses griefs ; et ensuite on ouït la réponse du sous-prieur, qui parlait pour les religieux ; après quoi, il fut ordonné que l'on dresserait une formule de vie et un règlement qu'on suivrait à l'avenir ; ce qui ayant été exécuté, M. le prieur ne laissa pas de persévérer en la volonté de quitter son prieuré; et ayant ouï parler de quelques bons prêtres qui s'adonnaient à faire des missions sous la conduite de M. Vincent, qu'il ne connaissait point, il eut la pensée que s'il les établissait au dit prieuré, il pourrait participer au grand fruit qu'ils faisaient dans l'Église. Il demanda où ils demeuraient, et le lieu lui ayant été déclaré, il me pria comme son voisin et son ami de l'accompagner ; ce que je fis très volontiers, lui représentant qu'il ne pouvait mieux faire et que cette pensée ne pouvait venir que du Ciel, qui avait suscité ces bons prêtres pour le bien de la campagne, laquelle avait un extrême besoin d'eux, tant pour l'instruction que les villageois en recevaient que pour la déclaration de leurs péchés au tribunal de la confession, où ils ouvraient librement et entièrement leurs consciences, et découvraient ce qu'ils n'avaient pas osé dire aux confesseurs du lieu, soit pour n'avoir pas été interrogés sur iceux, soit par honte de les manifester : que j'en pouvais parler et l'en assurer, pour y avoir été avec eux et l'avoir expérimenté ; qu'au reste il verrait un homme de Dieu en leur compagnie, qui était leur directeur, je voulais parler de M. Vincent, ainsi que lui-même reconnaîtrait. Etant donc allés ensemble au collège des Bons-Enfants près la porte de Saint- Victor, M. le prieur, parlant à M. Vincent, lui découvrit le sujet qui l'avait amené, qui était qu'on lui avait fait un récit très avantageux de sa congrégation, et des charitables emplois auxquels elle s'appliquait en faveur des pauvres gens des champs ; il lui dit qu'il serait heureux s'il y pouvait contribuer, et qu'il avait la maison de Saint- Lazare, laquelle volontiers il leur céderait pour un si digne exercice.

»Cetteoffresi avantageuse étonnagrandement cet humble serviteur de Dieu, sur qui elle fit le même effet qu'un éclat de tonnerre qui surprend un homme soudainement et qui le laisse comme interdit, en sorte que ce bon prieur s'en apercevant lui dit : « Eh quoi ! Monsieur, vous tremblez? — Il est vrai. Monsieur, lui répondit-il, que votre proposition m'épouvante ; et elle me paraît si fort au-dessus de nous que je n'oserais y penser. Nous sommes de pauvres prêtres qui vivons dans la simplicité, sans autre dessein que de servir les pauvres gens des champs. Nous vous sommes grandement obligés, Monsieur, de votre bonne volonté, et vous en remercions très humblement. » En un mot, il témoigna n'avoir aucune inclination d'accepter cette offre, et s'en recula si loin, qu'il ôta toute espérance de le retourner voir à ce sujet ; néanmoins la douce et affable réception

dont usa M. Vincent toucha tellement le cœur de M. le Bon, qu'il ne pouvait changer de dessein, et qu'il lui dit qu'il lui donnait six mois pour y penser.

» Après ce temps-là il me pria derechef de l'accompagner pour aller revoir M. Vincent, auquel il fit la même proposition, et le conjura de vouloir agréer son prieuré, que Dieu lui inspirait de plus en plus de lui remettre entre les mains ; à quoi insistant aussi de mon côté, je priai M. Vincent de ne pas refuser une si belle occasion. Tout cela ne changea point son esprit et son sentiment ; il demeura ferme sur le petit nombre qu'ils étaient, qu'à peine ils étaient nés, qu'il ne voulait pas faire parler de lui, que cela ferait du bruit, qu'il n'aimait pas l'éclat, et enfin qu'il ne méritait pas cette faveur de M. le prieur. Sur cela M. le Bon, entendant sonner le dîner, dit à M. Vincent qu'il voulait dîner avec lui et sa communauté, comme en effet il y dîna et moi aussi. La modestie de ces prêtres, la bonne lecture et tout l'ordre plut tellement à M. le Bon, qu'il en conçut une vénération et un amour si grand pour eux, qu'il ne cessa de me faire solliciter M. Vincent. Ce que je réitérai plus de vingt fois dans l'espace de six mois ; jusqu'à ce point, qu'étant fort ami de M. Vincent, je lui dis plusieurs fois qu'il résistait au Saint-Esprit, et qu'il répondrait devant Dieu de ce refus.

» Je ne puis dire avec quelle instance on l'a poursuivi ; Jacob n'a pas eu tant de patience pour obtenir Rachel, ou pour obtenir la bénédiction de l'ange, que M. le prieur et moi en avons eu pour avoir un oui de M. Vincent. Nous avons crié plus vivement après lui que la Chananéenne après les Apôtres. Enfin M. le prieur s'avisa de lui aller dire au bout d'un an ; Monsieur, quel homme êtes-vous? Si vous ne voulez pas entendre à cette affaire, dites-nous au moins de qui vous prenez avis ? en qui vous avez confiance ? quel ami vous avez à Paris, à qui nous puissions nous adresser pour en convenir ? car j'ai le consentement de tous mes religieux, et il ne me reste que le vôtre. Il n'y a personne qui veuille votre bien, qui ne vous conseille de recevoir celui que je vous présente. Alors M. Vincent lui indiqua M. André Duval, docteur de Sorbonne, qui était un saint honime et qui a même écrit la vie de plusieurs saints. Nous ferons, dit-il, ce qu'il nous conseillera. En effet, M. le prieur l'étant allé trouver, ils traitèrent ensemble de ce dessein, demeurèrent d'accord des conditions, et ensuite fut passé concordat le 7 janvier 1632 entre M. le prieur et les religieux de Saint-Lazare d'une part, et M. Vincent et les prêtres de sa congrégation de l'autre. C'est par ce moyen que M. Vincent a cédé enfin aux importunités qui lui ont été faites, et entre autres par moi même, qui pouvais bien dire en cette occsisïon que raurœ /ac/a sun/ /ûî/ces mea \ J'eusse volontiers porté sur mes épaules ce père des missionnaires pour le transporter

X. Ma gorge s'est enrouée. (Psaume Lxviii, 4.) (Noie des éditeurs,^

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à Saint- Lazare et l'engager à l'accepter : mais il ne regardait pas l'extérieur ni les avantages du lieu et de tout ce qui en dépend, n'étant pas même venu le voir pendant ce temps-là ; de sorte que ce ne fut point sa belle situation qui l'y attira, mais la seule volonté de Dieu, et le bien spirituel qu'il y pouvait faire. L'ayant donc ainsi accepté par ce seul motif, après toutes les résistances imaginables, il y vint le lendemain 8 janvier 1632, et tout se passa avec douceur, et au contentement de toute la maison. C'est ce qui fait voir que digitus Dei est hic ', que c'est la terre de promission où Abraham a été conduit ; je veux dire M. Vincent, vrai Abraham, grand serviteur de Dieu, duquel les enfants sont destinés pour remplir la terre de bénédiction, et dont la famille subsistera dans les siècles. »

Le dit sieur curé de Saint-Laurent ayant envoyé ce récit au successeur de feu M. Vincent en la charge du supérieur général de la Congrégation de la Mission, il l'accompagna de la lettre suivante, datée du 30 octobre 1660 :

<L Monsieur, le désir que vous avez témoigné de savoir com^ment s'était passée l'entrée de M. Vincent et de sa congrégation dans Saint- Lazare, avec le respect que je dois à sa mémoire, m'ont engagé à vous en dresser un petit récit, que je vous envoie. Monsieur, je n'en dis pas la centième partie, car je ne puis me souvenir de tous les pieux entretiens que M. le prieur de Saint-Lazare et moi avons entendus de la bouche de feu M. Vincent, dans les visites que nous lui avons rendues plus de trente fois en un an et plus, pendant lequel nous avons eu mille peines à l'ébranler et à le disposer à accepter Saint-Lazare. Plusieurs eussent été ravis d'une telle offre, et il la rebutait. C'est ainsi que les bonnes choses s'établissent : Moïse refusait d'aller en Egypte, Jérémie d'aller au peuple, et, nonobstant leurs excuses. Dieu les choisit et veut qu'ils marchent ; c'est une vocation divine et miraculeuse, où la nature n'a point de part. Le papier ne peut pas exprimer la conduite de cette affaire, dans laquelle Dieu est l'auteur et le consommateur. Je ne l'ai fait que tracer et crayonner ; celui qui la voudra mettre au jour la relèvera, et suppléera à mon silence. Cependant je vous prie de croire que je vénère extrêmement la mémoire de feu M. Vincent, et que j'estime à faveur d'avoir été connu et aimé de lui. »

Voilà un témoignage bien authentique, et qui contient beaucoup de particularités que le lecteur saura bien peser au poids du sanctuaire.

Mais il y a une circonstance que nous ne devons pas omettre, et qui fera encore mieux voir, non seulement le parfait dégagement que ce grand serviteur de Dieu avait de toute

I, Le doigt de Dieu est là. (Exode vili, 19.) (Note des éditeurs.)

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sorte de biens et avantages temporels, mais aussi la fidélité qu'il gardait et qu'il voulait être gardée par les siens, aux moindres choses qui pouvaient contribuer au bon ordre de leur congrégation, et à la plus grande perfection du service qu'il se proposait de rendre à Dieu.

Les principaux articles du concordat étant arrêtés, il en restait un qui ne semblait pas considérable et que M. Vincent jugea néanmoins très important : c'était que M. le prieur désirait que ses religieux logeassent dans le dortoir avec les missionnaires, estimant que cela ne nuirait en rien aux uns et servirait beaucoup aux autres, c'est-à-dire à ses religieux, qui auraient pu tirer profit du bon exemple et de toutes les pratiques de vertu et de régularité qu'ils auraient vus en la personne de M. Vincent et des siens. Mais ce sage supérieur ne voulut jamais y consentir, pour plusieurs inconvénients qui eussent apporté quelque empêchement au bon ordre établi parmi ses missionnaires : c'est pourquoi il pria M. le curé de Saint-Laurent de représenter à M. le prieur « que les prêtres de la Mission demeuraient en silence depuis les prières du soir jusqu'au lendemain après le dîner ; ensuite de quoi ils avaient une heure de conversation, depuis laquelle ils observaient le même silence jusqu'au soir après souper, auquel temps ils avaient encore une autre heure de conversation, et qu'ensuite on entrait dans le silence, pendant lequel on ne parlait que de choses nécessaires, et encore à voix basse. Qu'il tenait pour certain que qui ôte cela d'une conimunauté, introduit le désordre et la confusion : ce qui avait fait dire à un saint personnage que, lorsqu'on voyait une communauté observer exactement le silence, on pouvait dire assurément qu elle observait aussi exactement le reste de la règle ; et au contraire que dans celles où le silence ne s'observait pas, il était presque impossible que les autres règles s'observassent. Or, il y avait sujet de craindre que ces MM. les religieux ne voulussent pas s'assujettir à cette observance si étroite, et s'ils ne le faisaient pas, ce serait un empêchement qui ruinerait entièrement cette pratique des missionnaires. > Cela s'est trouvé inséré dans une lettre de M. Vincent, écrite de sa main à M. de Lestocq. Il proposa ensuite un expédient pour le logement des religieux hors du dortoir ; enfin, il déclara ouvertement sa résolution par ces paroles dignes de remarque : J'aimerais mieux que tious demeurassions dans notre pauvreté, que de traverser le dessein de Dieu sur nous. Et il demeura si ferme en cette résolution, qu'il fallut rayer cet

article, autrement il n'eût jamais passé les autres, et il eût mieux aimé être privé de tous les avantages temporels, que de consentir à une chose qui eût pu causer le moindre obstacle au bien spirituel de sa congrégation. Ce qui le rendait encore plus inflexible en ce point, c'était l'amour qu'il avait pour la solitude et la recollection intérieure ; il estimait que les missionnaires devaient lui être d'autant plus affectionnés qu'ils avaient un plus grand besoin de se prémunir contre la dissipation d'esprit à laquelle leurs emplois les exposaient, disant sur ce sujet que les vrais missionnaires devaient être comme des Chartreux en leurs maisons^ et comme des Apôtres au dehors.

En suite de ce concordat, et sur la démission que fit M. le Bon du prieuré, maison et dépendances de Saint-Lazare, pour être uni à la Congrégation de la Mission, M. l'archevêque de Paris en fit l'union comme d'un bénéfice qui était à sa collation, par ses lettres du dernier décembre 1632. Et notre Saint Père le Pape Urbain VIII la confirma par ses bulles du 15 mars 1635.

MM. les prévôts des marchands et échevins de Paris consentirent pareillement à l'établissement des missionnaires en cette maison de Saint-Lazare, et le roi fit expédier sur cet établissement de nouvelles lettres patentes. Lorsqu'elles furent présentées au parlement pour y être enregistrées, une communauté religieuse s'y opposa, prétendant que cette maison lui appartenait : mais cette opposition fut levée par un arrêt contradictoire et solennel, et les lettres du roi enregistrées le 17 septembre 1633. Pendant que les avocats plaidaient, M. Vincent était dans la sainte chapelle du palais en oraison, se tenant devant Dieu dans une entière indifférence pour l'issue de cette affaire. Voici ce qu'il en écrivit en ce temps-là à une personne en qui il avait une entière confiance :

« Vous savez bien, que les religieux de N. N. nous contestent Saint-Lazare. Vous ne sauriez croire lés devoirs de soumission que je leur ai rendus selon Tordre de l'Évangile, quoiqu'en vérité ils ne soient point fondés en raison, à ce que M. Duval m'a assuré, et à ce que me disent toutes les personnes qui savent de quoi il s'agit. Il en sera ce qu'il plaira à Notre-Seigneur, qui sait en vérité que sa bonté m'a rendu autant indifférent en cette occasion qu'en aucune autre affaire que j'ai jamais eue : aidez-moi à l'en remercier s'il vous plaît. »

Il y a encore une autre chose très digne de remarque sur le sujet de ce procès. En prenant possession de la maison de Saint- Lazare, M. Vincent fut obligé de se charger de trois ou

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