CHAPITRE VINGT-DEUXIEME
quatre pauvres aliénés, que leurs parents avaient confiés au soin de M. le prieur le Bon. M. Vincent faisait servir et servait lui-même ces pauvres insensés, avec d'autailt plus de plaisir que la nature y trouve moins de satisfaction, ces gens-là n'étant pas capables de reconnaître le bien qu'on leur fait, et d'ailleurs ordinairement sales, embarrassants, et quelquefois même dangereux. M. Vincent donc, se voyant en hasard d'être évincé de la maison de Saint-Lazare par cette communauté religieuse, qui avait beaucoup de crédit et d'amis, et voulant se préparer à telle issue qu'il plairait à DiEU de donner à ce procès, se mit un jour à considérer, comme il a lui-même déclaré à quelques personnes de confiance, ce qui lui pourrait faire peine, s'il fallait quitter cette nouvelle demeure, si commode et avantageuse à sa congrégation ; et, parmi toutes les commodités et avantages d'une maison seigneuriale, située aux portes de Paris, comme était celle de Saint-Lazare, il ne trouva rien qui lui pût donner de la peine, que de quitter ces pauvres aliénés : le service qu'il rendait à JéSUS-Christ en leurs personnes lui tenant plus au cœur que tout le reste de cette seigneurie. Oh ! que le cœur de ce saint prêtre avait des sentiments bien différents de ceux du monde, et que ses pensées étaient bien élevées au-dessus des pensées ordinaires des hommes! Il réputait pour folie de s'attacher aux biens et commodités de la terre, et tenait pour sagesse de servir les fous. M. Vincent, après être demeuré paisible possesseur de la maison de Saint-Lazare, a voulu continuer toujours, quoique sans aucune obligation, ce même exercice d'humilité et de charité, recevant en cette maison ces pauvres insensés que tout le monde rebute et dont personne ne se veut charger, les regardant comme membres infirmes de JéSUS-Christ, et en cette qualité leur rendant tout le service et toute l'assistance corporelle et spirituelle dont ils peuvent être capables.
Cgapitte tiingt^tieunème^ — De l'établissement des confréries de la Charité pour l'assistance spirituelle et corporelle des pauvres malades.
^^^'EST une chose étonnante qu'un homme qui avait
de si bas sentiments de lui-même et qui d'ail- ^ leurs était chargé de la conduite d'une compagnie Y nouvellement établie, qu'un pauvre et . simple prêtre qui ne se produisait que malgré lui, ait néanmoins entrepris et conduit heureusement à fin tant d'œu-
vres importantes pour le service de l'Eglise et pour la gloire de Dieu, comme il se verra en la suite de cet ouvrage. Oh ! qu'il est vrai, comme a dit un saint Père, que la charité n'a pas de mesure ! Elle ne dit jamais : Cest assez. Quand elle anime parfaitement un cœur, elle le rend infatigable dans les travaux ; elle lui fait entreprendre, autant que la prudence le permet, tout ce qu'il voit pouvoir contribuer à la plus grande gloire de son divin Sauveur ; il lui semble que tout lui est possible en la vertu de celui qui le conforte.
Nous allons faire, dans les chapitres qui suivent, un dénombrement sommaire de quelques-unes des saintes œuvres qui ont accompagné ou suivi l'établissement de la Congrégation de la Mission. Nous les rapporterons à peu près selon l'ordre du temps, et néanmoins nous ne nous attacherons pas tellement à cet ordre, que quelquefois nous ne l'interrompions pour continuer les matières qui se trouveront avoir quelque rapport et liaison.
Nous commencerons par l'établissement des confréries de la Charité, pour l'assistance des pauvres malades, dont la misère corporelle et spirituelle touchait vivement le cœur de M. Vincent. Ayant vu les bons effets qu'avait produits la première assemblée de la Charité établie dans la Bresse, il résolut d'étendre cette bonne œuvre autant qu'il lui serait possible : et pour cet effet, en toutes les missions qu'il faisait par luimême ou par les siens dans les villages, il tâchait d'y établir cette confrérie. Il plut à DiEU de donner une telle bénédiction à ce pieux dessein, qu'il y a eu peu de lieux où, la mission ayant été faite, la confrérie de la Charité n'ait été établie.
Or, ce n'est pas assez de commencer les bonnes entreprises si on ne les soutient, et si on ne tâche de les conduire à leur perfection ; M. Vincent se trouvait donc en peine de ce qu'il devait faire pour entretenir ces nouvelles confréries. Composées de simples femmes de village, elles avaient besoin de quelque aide extérieure, soit pour les encourager dans l'exercice des œuvres de charité, soit pour leur donner les avis nécessaires dans les difficultés qui pouvaient naître en leurs emplois, soit enfin pour les dresser au service des malades ; car, quoique M. Vincent leur eût donné des règlements pour leur conduite, et qu'il fît ce qu'il pût pour les visiter de fois à autres ou les faire visiter par quelques-uns des siens, ces confréries s'étaient multipliées en tant de lieux, et les missionnaires se trouvaient tellement occupés, qu'ils n'y pouvaient plus satisfaire comme il eût été à désirer : DiEU alors inspira à une très vertueuse
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